Le vide juridique dans lequel se trouve l’ostéopathie porte préjudice aux ostéopathes et aux Québécois qui ont recours à leur expertise.

Publié le 18 janvier
Bertrand Courtecuisse
Bertrand Courtecuisse Ostéopathe et président d’Ostéopathie Québec

Le dossier de l’encadrement juridique de l’ostéopathie traîne en longueur, c’est le moins qu’on puisse dire. Il a fait l’objet de travaux, de consultations et d’analyses depuis 30 ans, mais malgré les demandes répétées de la communauté ostéopathique et l’avis positif récent de l’Office des professions du Québec, le gouvernement du Québec fait du surplace quant à la création d’un ordre professionnel des ostéopathes. Pourtant, il s’agit bien de protection du public !

Le temps des consultations, des avis et des comités est révolu. Le gouvernement ne peut plus entretenir des retards bureaucratiques indus. Il est de son devoir, et celui de la ministre responsable de l’application des lois professionnelles, Danielle McCann, d’assurer la protection du public, et cela passe inexorablement par la création d’un ordre professionnel des ostéopathes.

L’ostéopathie est bien implantée au Québec. Les ostéopathes travaillent en interdisciplinarité et leur pratique est reconnue au sein de la population. Ce sont plus de 2 millions de séances qui sont dispensées chaque année et 25 % des Québécois adultes qui ont déjà consulté en ostéopathie. D’ailleurs, la reconnaissance gouvernementale de l’ostéopathie à titre de service essentiel au plus fort de la crise pandémique témoigne de l’apport de la profession à l’offre de services de santé de première ligne.

Disons-le franchement, il n’est pas normal qu’un service de santé reconnu par la population et remboursé par les assureurs ne soit pas encadré.

Il est inacceptable que la pratique et la formation ostéopathique ne soient pas encore inspectées ni encadrées juridiquement, et ce, en dépit du fait qu’Ostéopathie Québec tire la sonnette d’alarme depuis des années au nom de la protection du public.

Il est aussi aberrant qu’une association professionnelle comme Ostéopathie Québec ait à pallier le devoir du gouvernement en mettant en place des mécanismes – imparfaits, faute de mieux – de protection du public (syndic, référentiel de compétences, attestation de la formation, etc.).

S’il y a bien quelque chose que la pandémie aura démontré, c’est l’importance d’agir rapidement pour soutenir les services médicaux et paramédicaux et, surtout, de ne pas laisser s’étirer des enjeux susceptibles d’être dommageables pour la santé de la population.

Il est irresponsable de la part du gouvernement de laisser plus de 2500 ostéopathes pratiquer sous la menace de poursuites, de mises en demeure et d’intimidation de la part d’ordres professionnels connexes à l’ostéopathie.

Certains ostéopathes ont même réagi à cette forme d’intimidation en réduisant, voire en cessant leur pratique, et ce, malgré la fragilité du système de santé et la place des traitements ostéopathiques dans l’offre de soins.

Il est ahurissant que cet état de situation soit le fruit de l’inaction gouvernementale et du maintien, qu’il soit volontaire ou non, de l’impasse juridique telle que confirmée dans un jugement de 2019 de la Cour supérieure.

Il est grand temps que le gouvernement du Québec prenne ses responsabilités en créant enfin et rapidement un ordre professionnel des ostéopathes. Il en va non seulement de la qualité des services ostéopathiques, mais aussi de la santé et du bien-être de la population québécoise.

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