Le syndicalisme est révélateur du caractère démocratique de la société. Les pays qui ne le reconnaissent pas offrent généralement des salaires indécents. Dès lors, les classes populaires sont incapables d’acheter les produits des entreprises. Cet état de pauvreté est la triste réalité de la majorité des 195 pays du monde. Ainsi, la démocratie industrielle est, pour l’essentiel, observable en Amérique du Nord et en Europe occidentale. Ailleurs dans le monde, sauf exception, un leader syndical risque sa vie du simple fait d’exister.

Publié le 18 déc. 2021
Jean-Claude Bernatchez
Jean-Claude Bernatchez Professeur titulaire en relations industrielles à l’Université du Québec à Trois-Rivières

Selon un rapport de l’Institut européen de recherche économique en 2016, le Canada se classe troisième des pays occidentaux sur le plan des conflits ouvriers, avec 87 jours annuels de grève ou lockouts par 1000 travailleurs. C’est une piètre performance par rapport à l’Allemagne (sept jours) ou la Suisse (un jour), des pays qui offrent une qualité de vie enviable.

Et comme si les grèves n’étaient pas assez, s’ajoutent les lockouts. Pourtant, en Europe occidentale, le lockout automatique n’existe pratiquement pas. Par conséquent, nul besoin d’être devin pour comprendre que notre système de relations de travail est violent parce qu’il a la propriété, qu’il s’agisse d’une grève ou d’un lockout, de fermer totalement l’entreprise.

Curieusement au Québec, la grève partielle ou ciblée est interdite. Certains modèles européens de relations de travail, comme celui de l’Allemagne, nous rappellent qu’il n’y a pas lieu de fermer globalement les entreprises pour négocier des conditions de travail décentes. Il suffit d’un dialogue social patient, inséré dans une structure appropriée, et centré sur l’efficience.

Au nom de la liberté d’association, la Cour suprême du Canada, par son arrêt Saskatchewan en 2015, a fait de l’exercice de la grève, un droit fondamental. Cela étant, un gouvernement ne peut plus, comme il le faisait par le passé, interdire la grève, imposer les salaires et obliger le retour au travail. S’il est tenu d’autoriser l’exercice de la grève, il peut, a contrario, établir des services essentiels légitimes à respecter.

Dans la recherche d’un régime de relations de travail moins violent, l’usage du lockout devrait être interdit ou autorisé exceptionnellement si son recours est nécessaire à la survie de l’entreprise. Par ailleurs, si notre système de relations de travail connait des ratés, plus de 95 % des négociations collectives se règlent sans grève ni lockout. Donc, le bât blesse dans le 5 % restant.

L’obligation de maintenir des services essentiels, lors d’une grève, dans les secteurs publics, réduit ses effets pernicieux. Dans tous les cas, l’État pourrait jouer davantage une carte préventive. Par exemple, les tensions patronales-syndicales, sur les régimes de retraite, s’atténueraient en présence d’un système universel convenable de rentes géré par l’État.

Quant au droit de grève, il doit être maintenu tenant compte de l’arrêt précité de la Cour suprême. En outre, la grève partielle ou ciblée devrait être accessible, ce qui pourrait limiter l’usage de la grève générale. Il s’impose en outre de repenser le mode d’échanges entre les acteurs sociaux, sous l’angle d’une négociation collective mieux structurée et guidée. La voie d’une meilleure responsabilisation des acteurs sociaux transite notamment par une meilleure participation ouvrière à la gestion des entreprises.

Ayant pris racine dans les manufactures américaines du XIXe siècle, notre système de relations de travail n’a jamais vraiment été réfléchi en tenant compte de la nécessaire juxtaposition des besoins des travailleurs, des entreprises et de la société. Repensé, il devrait induire des conditions de travail décentes sans devoir fermer complètement les entreprises comme il le fait présentement.

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