J’aime quand la semaine se termine par des moments privilégiés de retrouvailles. C’est pourquoi je me faisais une joie à l’idée de ce repas en tête à tête avec ma meilleure amie ! La soirée fut très réussie, mais elle aurait pu mal commencer…

Publié le 3 déc. 2021
Julie du Page
Julie du Page Actrice, chroniqueuse, animatrice et blogueuse

Il faut être bien vigilant pour conduire un soir de première neige. Les réflexes ne sont pas tout à fait aiguisés. J’allais lentement et suivais un bus de la ville qui visiblement avait de la difficulté à gravir la montée glissante du viaduc Rockland.

J’ai dû changer de voie, ce qui n’a manifestement pas plu à l’homme qui conduisait la voiture derrière moi. Sa colère était telle qu’il n’a pas arrêté de klaxonner et de se rapprocher de mon pare-chocs avec ses pleins phares ! Une fureur hystérique !

J’ai eu droit à cette menace pendant plusieurs rues, jusqu’à l’arrivée chez ma copine. Une dizaine de minutes dangereuses, stressantes et surtout, interminables…

L’homme s’est alors immobilisé lui aussi. Allait-il sortir avec une batte de baseball, une arme ? De nos jours, tout est possible ! De l’intimidation à l’état pur digne de Duel, de Spielberg. Au moment où j’allais composer le 911, la voiture est repartie dans une accélération rageuse !

Même s’il y a toujours eu des cinglés au volant, ce genre de comportement très dangereux s’inscrit dans une recrudescence d’agressivité, de violence et de détresse. Le monde va bien mal…

Climat manichéen

Les sociétés ont toujours eu leur part de paradoxe et de dualité entre le bien et le mal. La pandémie et probablement bien d’autres facteurs plus anciens n’ont fait qu’exacerber les tensions et créer un climat manichéen d’une ampleur inégalée.

D’une part, les qualités de dévouement, d’altruisme, de générosité, de conscience sociale n’ont jamais été aussi présentes. Nous en sommes témoins, spécialement depuis presque deux ans. Elles se manifestent dans les hôpitaux, les centres d’entraide, les banques alimentaires et même dans les sacrifices quotidiens des familles et amis pour se soutenir moralement. Ce sont autant d’actions et gestes, petits, grands, modestes, dont le dénominateur commun est d’être exemplaires !

Je trouve rassurante et admirable cette image d’une société qui dans l’adversité, a su développer son sens de la bonté, de l’adaptation et de l’entraide.

Mais d’autre part, c’est avec impuissance et stupéfaction que nous assistons chaque jour davantage à une déshumanisation de notre société. La violence, le non-respect, l’ignorance, la bêtise, l’intolérance, l’égoïsme, le rejet des valeurs de base, la censure n’ont jamais été aussi envahissants.

Comment composer avec ce paradoxe ? D’un côté, le don de soi d’un professionnel de la santé épuisé ou d’un aidant qui va au-delà de ses forces pour sauver la vie de son prochain. Puis de l’autre, les « déconnectés » pour qui le « scoring » est une simple « game » et où la violence du Far West à balles réelles est un mode de vie.

Comment éviter que la peur vienne contrôler nos vies et celle de nos enfants ? Comment empêcher qu’un monde barbare et sanguinaire l’emporte ? « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »*

J’ose croire qu’il est encore possible de faire rayonner collectivement nos qualités de société afin qu’elles prennent l’ascendant sur nos travers…

* Poème de Louis Aragon

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