La pandémie a bousculé nos vies respectives ; avec la distanciation, le télétravail, le confinement, les couvre-feux, notre quotidien s’est transformé. La science nous a guidés et nous avons collectivement prouvé que nous pouvions changer nos habitudes.

Publié le 3 nov. 2021
Jean-Marc Fournier
Jean-Marc Fournier Président-directeur général de l’Institut de développement urbain du Québec

La crise climatique, elle, ne connaîtra pas de vaccin. Accepter de changer sera plus difficile, car il ne s’agit pas ici de changer pour un temps en espérant que tout redevienne comme avant. La science qui nous a montré le chemin face à la pandémie nous indique déjà les efforts à faire. Il est maintenant nécessaire d’accepter collectivement de transformer nos habitudes de manière permanente.

Selon le dernier rapport du Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat, « la planète se dirige vers un réchauffement moyen de 2,7 degrés d’ici la fin du siècle, un scénario qui pourrait avoir de graves répercussions au Canada et au Québec où le climat se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale » 1.

Les effets sont réels et les caméras pointent quotidiennement vers ceux-ci : incendies, sécheresses, inondations se succèdent. Les experts parlent de catastrophes et de cataclysmes ; un langage que nous voulions réserver à la science-fiction.

Il faut dès maintenant admettre que la vie ne sera plus comme avant. Nous avons longtemps parlé des efforts à faire pour maintenir notre mode de vie ; désormais, il faut reconnaître que ce mode doit changer.

L’étalement urbain

Une récente étude britannique s’appuie sur le fait que les voitures émettent trois fois plus de carbone que les transports collectifs et que les émissions des maisons individuelles dépassent de 65 % celles des immeubles de logements multiples pour affirmer : « Our spatial footprint dictates our carbon footprint : the denser the greener. » (Centre for Cities, 4 octobre 2021)

Nos villes nord-américaines ont été construites autour de routes et d’autoroutes. Nous avons créé des zones pour y habiter, d’autres pour nous y approvisionner et encore d’autres pour y travailler. Nous avons choisi d’occuper notre territoire par zone d’utilisation exclusive et de rejoindre chacune d’elles en voiture.

La problématique de l’étalement n’est pas propre au Québec, mais elle y est plus préoccupante. Une étude de Statistique Canada publiée en 2015 a révélé que parmi les grandes régions métropolitaines du Canada, c’est Montréal qui aura connu l’étalement urbain le plus important entre 2001 et 2011. Parmi les petites et moyennes régions métropolitaines de recensement (RMR) au Canada, durant la même période, c’est à Québec que revenait ce titre.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Ruelle verte au centre-ville de Montréal

La densité heureuse

La science nous incite à choisir la densification plutôt que l’étalement urbain. Mais comment y arriver ? La densité n’a pas bonne presse. À l’occasion, parmi ceux qui plaident pour la protection des milieux naturels et agricoles et la fin de l’auto solo, il s’en trouve qui rejettent même la densification urbaine.

Pour relever le défi climatique, nous devrons trouver de nouveaux modèles d’urbanisation qui rendront attractive une vie où les espaces limités concentreront les nombreux services auxquels nous aspirons.

La proposition de la « ville des proximités » ou « ville du quart d’heure » permet d’envisager une autre façon d’habiter. Pour l’implanter, les autorités publiques ne devront pas seulement remettre en question « l’auto solo », mais aussi « la gouverne en vase clos ».

Les quartiers, dont la planification revient à l’ordre municipal, devront s’articuler autour de transports durables et de parcs, de services publics d’éducation et de santé et d’une offre commerciale diversifiée portée par la densification. Il s’agit ici d’éviter de compartimenter les usages pour plutôt favoriser leurs rencontres.

Les conditions de réussite dépendront de la capacité de financer un vaste réseau de transports collectifs, de soutenir les mesures de mixité sociale et d’offrir une aide à la requalification soit pour décontaminer, soit pour transformer une trame urbaine vouée jusqu’alors à l’usage exclusif de l’automobile.

Mais comment y arriver alors que les infrastructures d’éducation, de santé et de transport relèvent de Québec ? En outre, limitées pour l’essentiel à l’impôt foncier, les villes n’ont aucun moyen financier pour adopter des programmes significatifs en habitation ou favorisant la requalification foncière.

Les gouvernements fédéral et provincial qui fixent les cibles climatiques et qui devront bientôt demander aux citoyens de changer leurs habitudes de vie devront eux-mêmes revoir leurs usages et appuyer résolument l’ordre de gouvernement local.

Un vaste programme de transfert municipal visant le transport durable, l’habitation sociale, l’aménagement territorial et le redéveloppement foncier doit être adopté. Évidemment, il doit s’accompagner d’un exercice transparent de reddition de comptes.

Nous pouvons faire comme avant : adopter des cibles, puis attendre. La COP26 exige davantage. Lorsque les cataclysmes passent du rayon de la science-fiction à celui du documentaire, il faut faire plus.

Nous avons besoin d’une mobilisation collective concernant notre mode d’occupation du territoire et favorisant la densification en lien avec les défis climatiques. Les autorités publiques, appuyées de la science, doivent entretenir une discussion large sur les défis et les moyens d’action. Ce n’est qu’en faisant partager l’importance de ces questions à la population qu’elles trouveront la légitimité nécessaire pour tracer le chemin de la transformation.

Nous connaissons les risques, nous connaissons les cibles. Désormais, les gouvernants doivent changer leurs modes d’opération pour aider les citoyens à changer leur mode de vie.

1. Lisez « Le monde sur un chemin “catastrophique” »
Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion