Le cancer reste un sujet tabou. C’est encore plus vrai au travail, alors qu’on ne sait pas comment aborder et gérer les personnes qui en sont atteintes. Parcours d’une combattante.

Ysabel Viau
Ysabel Viau Cheffe d’entreprise et combattante du cancer

On imagine trop souvent le cancer comme une condamnation à mort, alors que cette maladie se manifeste sous plusieurs formes et que les taux de survie augmentent. De plus, au Canada, une personne sur deux sera atteinte d’un cancer au cours de sa vie. Cela représente une part importante de la population active, employée ou entrepreneure.

Si le cancer ne fait pas de discrimination – ni de race, ni d’âge, ni de sexe –, il n’en demeure pas moins qu’au travail, le sujet reste tabou. On ne sait pas comment aborder et gérer les personnes atteintes du cancer ou d’autres maladies chroniques. Les préjugés à leur égard sont toujours aussi présents. Il faut que les entreprises s’ouvrent et acceptent cette réalité qui frappe dans quasiment tous les foyers.

Le parcours d’une combattante

En avril 2019, j’ai reçu un diagnostic de cancer du côlon. Après une intervention chirurgicale et huit rondes de chimiothérapie préventive, le cancer est éliminé… pendant deux jours. Le scan de vérification révèle une autre tumeur, dans un poumon cette fois. « Heureusement », elle est de souche différente et son dépistage précoce offre un bon pronostic de traitement. Je reçois donc trois autres cycles de chimiothérapie et subis une nouvelle opération. Plus tard, un autre scan démontre l’élimination de la tumeur, mais indique une nouvelle activité cancéreuse dans la zone environnante. Si minuscule soit-elle, l’équipe médicale décide de mettre les bouchées doubles pour l’éradiquer une fois pour toutes.

Traduction : sept autres rondes de chimio et 33 cycles de radiothérapie. Voilà qui résume mon été 2021.

Des ennemis microscopiques

La pandémie mondiale frappe lorsque l’on me débarrasse du cancer du côlon et que l’on m’apprend celui du poumon. Voilà que mon gagne-pain ET ma vie se trouvent menacés par des ennemis microscopiques.

Mais la maladie n’est pas ce qui me fait le plus peur. Je fais confiance à la science et à la formidable équipe multidisciplinaire du CHUM. Je vais m’en débarrasser. Mais qu’adviendra-t-il si mes clients, mes partenaires ou mes créanciers apprennent que j’ai un cancer ?

Auront-ils encore confiance en mes capacités ? Mon entreprise survivra-t-elle ? Pourrais-je contracter des prêts ? Dans le doute, je décide de taire ma situation au travail et dans mon entourage.

Le silence et les préjugés

Les organisations peuvent-elles dépasser les préjugés ? Peuvent-elles saisir la valeur d’une personne atteinte du cancer à travers l’épais écran de fumée de la stigmatisation et des fausses idées ?

La plupart ignorent la résilience d’une personne qui lutte contre le cancer – ou toute autre maladie, handicap physique ou mental. Le préjugé typique qu’on lui associe est qu’elle est diminuée. Elle est donc incapable d’être performante et de produire « d’aussi bons résultats » que les personnes non handicapées.

Embaucher ou faire des affaires avec une personne atteinte du cancer comporte ses avantages. D’abord, elle est dotée d’une résilience sans limites. L’adversité ne lui fait pas peur. Elle a l’habitude des défis et peut s’adapter aux situations changeantes et difficiles. Citons aussi sa concentration et sa rapidité d’action. Parce que sa bataille efface les détails anodins, elle cible rapidement les enjeux. L’efficacité est son meilleur allié, car le temps compte plus que jamais.

Tournée vers une mission sociétale

Cette épreuve a transformé mon travail en mission, qui est devenue celle de mon entreprise : aider le monde à accepter la différence. Cette lutte contre les préjugés – qu’il s’agisse de discrimination fondée sur la capacité physique, la langue, la race ou le genre – est plus qu’une mission. C’est un plaidoyer pour que l’on prenne conscience de la valeur et de la précieuse perspective qu’apportent les groupes sous-représentés en quête d’équité.

Au-delà des préjugés

En tant que femme en affaires, j’ai brisé des tas de plafonds de verre. Après plus de 30 ans dans ce milieu, je me suis retrouvée face au plafond de verre le plus épais de tous : la peur d’être victime de discrimination en raison de la maladie. Si l’on gagne chaque jour des batailles contre le cancer, la lutte en matière de diversité continue.

Cet article honore toutes les personnes qui combattent le cancer et toute autre maladie physique ou mentale. Il est dédié à celles et ceux qui, chaque jour, franchissent les obstacles et mettent leur formidable résilience et leur incroyable volonté au service du bien commun, ainsi qu’à toutes celles et tous ceux qui les soutiennent, de près ou de loin.

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