Les maires des grandes villes ont transmis un message urgent à Ottawa ce mois-ci : les transports en commun ont besoin d’un soutien financier important pour continuer à fonctionner.

Marco D’Angelo
Marco D’Angelo Président-directeur général de l’Association canadienne du transport urbain

Les gouvernements ont reconnu cette situation l’an dernier, avec la mise en place d’un financement d’urgence pour le transport collectif. Mais les fonds s’épuisent. Les municipalités ont besoin rapidement d’un soutien opérationnel de la part d’Ottawa et des provinces.

Les gouvernements doivent répondre à la demande des maires de manière urgente et avec une solution permanente. La perte des revenus des réseaux de transports en commun représente un fardeau énorme pour les municipalités. À Montréal, l’Autorité régionale de transport métropolitain prévoit un déficit cumulé de près de 1 milliard de dollars au cours des prochaines années. À Québec et Gatineau, on a dû éponger un déficit de près de 30 millions pour chaque réseau.

Par ailleurs, la lutte contre les changements climatiques passe entre autres par une plus grande utilisation du transport collectif. Si on laisse les services se détériorer, il y aura moins d’options de déplacement, et à une fréquence réduite, ce qui compliquera la tâche des usagers. Les personnes qui peuvent se permettre de prendre le volant le feront. Il en résultera une augmentation de la congestion et une baisse de la productivité. Sans oublier que cela fera accroître les inégalités en rendant plus difficile l’accès à l’emploi et à l’éducation. Et il sera impossible d’atteindre les cibles actuelles de lutte contre les changements climatiques s’il y a davantage d’automobiles sur les routes.

Nous savons tous que le potentiel des transports en commun pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre est énorme. On estime ce potentiel à près de 15 millions de tonnes par an.

En contrepartie, si tous ceux qui allaient travailler en utilisant les transports en commun avant la pandémie changeaient maintenant pour prendre la voiture, les émissions augmenteraient de près de neuf millions de tonnes !

Bien sûr, tout le monde ne fera pas ce choix. Le télétravail, sous une forme ou une autre, est là pour de bon. Alors pourquoi ne devrait-on pas réduire les services des transports en commun pour s’adapter davantage à la demande et à la nouvelle réalité ?

Parce que tout le monde ne peut se permettre de se déplacer en voiture. La mobilité est un besoin essentiel. On ne peut s’attendre des travailleurs essentiels à faible revenu qui travaillent au centre-ville et habitent à Longueuil ou à Laval qu’ils utilisent la voiture pour leurs déplacements. Sans oublier la difficulté grandissante des étudiants de niveau postsecondaire à se loger près des campus. Les transports en commun sont également essentiels pour de nombreuses personnes âgées et des personnes vivant avec un handicap.

Les investissements historiques du gouvernement fédéral dans la construction de nouveaux projets de transports en commun méritent d’être soulignés, tout comme l’aide aux réseaux pour électrifier leurs flottes. Mais cela ne nous aidera pas à atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre si les gens ne sont pas au rendez-vous.

Et, comme le facteur le plus important pour décider une personne à utiliser les transports en commun est le niveau de service, le moyen le plus sûr pour ramener les usagers est d’offrir un meilleur service.

L’histoire démontre que si les gens quittent le transport en commun, ils ne reviennent pas rapidement. La réforme Ryan, en 1991, a mis fin aux subventions que recevaient les villes pour financer leurs services de transport en commun. Coupes de services et hausse des tarifs ont évidemment suivi, ce qui a entraîné une baisse de l’achalandage. Il a fallu 20 ans pour le rétablir.

Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre 20 ans de plus, tant du point de vue économique qu’environnemental. L’achalandage a diminué à cause de la pandémie, c’est indéniable et il est difficile de penser que l’utilisation reviendra à la normale cette année ou même l’année prochaine.

Face à la crise, le gouvernement fédéral américain a décidé de soutenir le transport en commun jusqu’en 2024. Le Canada peut et doit faire la même chose : plus de deux millions de Canadiens dépendent des transports en commun tous les jours. Ils seront rejoints par des millions d’autres à mesure que l’économie rouvrira et que l’immigration se poursuivra.

Soutenir le transport en commun n’est pas seulement dans l’intérêt des villes. C’est dans l’intérêt national. C’est dans l’intérêt de la planète. C’est dans notre intérêt, à tous. Il est temps que nos gouvernements agissent.

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