Les collectivités québécoises font face à plusieurs crises simultanées, mettant au défi leur capacité d’adaptation et leur résilience collective. Dans ce premier de deux textes, nous nous intéressons à la crise climatique et à la nécessité d’adapter nos milieux de vie et l’aménagement de notre territoire pour mieux y faire face.

Catherine P. Perras et Christian Savard Respectivement conseillère en aménagement et urbanisme, et directeur général, Vivre en Ville

Les évènements météorologiques extrêmes, dont la fréquence et l’intensité augmentent en raison des changements climatiques, ont déjà des conséquences directes sur notre santé physique et psychologique, notre sécurité, nos infrastructures et notre économie, de même que sur les écosystèmes desquels nos sociétés dépendent. Parmi ces évènements, notons les vagues de chaleur, mais également les pluies diluviennes, les tempêtes hivernales ou encore les vents violents.

Or, comme le souligne le tout récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), même si nous mettions tout en œuvre pour réduire notre empreinte carbone, nos efforts ne se feront sentir que dans la deuxième moitié du siècle. D’ici 2050, les impacts liés aux changements climatiques s’amplifieront inévitablement. S’adapter n’est donc plus une option, bien que la réduction des émissions demeure cruciale pour limiter les dégâts à long terme.

Si l’on ne peut empêcher les aléas climatiques de survenir, c’est sur la résilience de nos collectivités que notre pouvoir d’agir se situe.

En matière d’aménagement, la voie de la résistance, que ce soit en investissant massivement dans des infrastructures telles des digues de protection ou des bassins de rétention surdimensionnés, montre déjà ses limites. Et si nous repensions plutôt notre rapport au territoire pour apprendre à vivre avec un climat changeant ? Plusieurs solutions sont déjà connues et mises en œuvre dans les collectivités québécoises. Pour aller plus loin, nous en présentons trois qui mériteraient davantage de considération.

Laisser les milieux naturels jouer leur rôle

D’abord, les services écosystémiques rendus par les milieux naturels en matière de régulation (que ce soit du climat, des eaux de ruissellement ou de l’érosion) demeurent trop souvent ignorés lorsque nous planifions la croissance urbaine.

Plutôt que d’optimiser les espaces disponibles dans les milieux de vie existants, nous continuons d’urbaniser les milieux naturels pourtant essentiels à notre résilience collective.

Alors que nous parvenons tant bien que mal à protéger nos terres agricoles grâce à la zone agricole permanente instaurée à la fin des années 1970, nous accordons aujourd’hui de plus en plus d’importance à la protection des milieux humides et hydriques, avec raison. Mais qu’en est-il des autres écosystèmes qui contribuent à limiter les impacts des évènements climatiques extrêmes ? À quand une « zone naturelle permanente » pour se sortir de cette approche fragmentée du territoire ?

Libérer les sols

Ensuite, au sein des milieux de vie, l’ampleur des surfaces minéralisées (voirie, stationnements, toitures, etc.) limite nos possibilités de création d’îlots de fraîcheur et de captation des eaux de pluie. Les initiatives de déminéralisation volontaires sont un pas dans la bonne direction, mais pour une augmentation substantielle de notre résilience face aux aléas climatiques, une stratégie plus structurante est de mise. Par exemple, la France s’est récemment dotée d’un objectif de « zéro artificialisation nette » des sols. Pourquoi ne pas aller encore plus loin en se fixant un objectif annuel de déminéralisation dans chaque collectivité ?

Au-delà des canicules, aménager pour toutes les saisons

Enfin, alors que nos milieux de vie sont rarement planifiés pour bien évoluer d’une saison à l’autre, ils devront dorénavant être conçus pour nos nouveaux hivers qui seront ponctués notamment par des redoux fréquents et des pluies plus abondantes. Par exemple, les intersections et passages piétons surélevés seront de plus en plus nécessaires pour nous permettre de nous déplacer à pied sec, et un cadre bâti plus compact minimisera les corridors de vent. Nos équipements de loisirs devront, eux aussi, évoluer pour nous permettre de continuer à profiter de cette saison malgré les changements climatiques.

Nous n’éviterons pas les évènements météorologiques extrêmes, mais nous pouvons choisir comment nous y adapter. Heureusement, plusieurs mesures d’adaptation sont susceptibles d’améliorer notre qualité de vie et notre santé. On s’attend d’ailleurs à ce que plusieurs de ces mesures se retrouvent dans le plan d’action de la Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires que le gouvernement du Québec adoptera au printemps 2022.

Enfin, n’oublions pas qu’une collectivité résiliente est, d’abord et avant tout, un lieu où des liens sociaux forts permettent l’entraide et la collaboration lors des épisodes difficiles. L’aménagement peut, là aussi, jouer un rôle, par exemple en intégrant des espaces communs dans les projets immobiliers privés et en offrant des espaces publics conviviaux favorisant les rencontres.

Demain : Garantir l’abordabilité des milieux de vie durables

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