Cher personnel de la santé, le comportement d’une poignée de nos semblables qui ont décidé de leur propre chef de rendre votre inestimable travail encore plus difficile à accomplir est odieux. Je vous en demande pardon. Sachez que vous êtes admirés, estimés et respectés par la majorité des Canadiennes et Canadiens qui condamnent les tactiques scandaleuses employées par une minorité bruyante.

Susan Mintzberg
Susan Mintzberg Doctorante en travail social à l’Université McGill, elle mène une recherche sur le rôle des proches aidants en santé mentale

Au cours des dernières semaines, les actualités ont été remplies de récits illustrant l’arrogance d’un groupe restreint de personnes si centrées sur leurs propres droits qu’elles en oublient ceux d’autrui. Alors que l’on croyait qu’il était impossible que la situation puisse empirer, ces personnes ont haussé la mise en se dirigeant vers les hôpitaux.

Ces manifestations sont mortifiantes et elles m’atteignent au plus profond de mon âme. Elles provoqueraient une réaction tout aussi honteuse si je m’autorisais à m’abaisser à ce point.

À quoi bon ? Œil pour œil n’entraîne que l’aveuglement et une vision claire est primordiale dans une telle situation.

Je choisis plutôt de lever mon chapeau au personnel de la santé, à ceux qui ont travaillé d’arrache-pied au cours de cette pandémie à sauver des vies à leurs propres risques ; à ceux qui se sont présentés au travail dans un contexte incertain ; à ceux qui ont fourni des soins malgré leur propre peine et l’épuisement. Je choisis plutôt de saluer ceux qui se donnent.

À travers les hauts et les bas de cette pandémie, je me suis rappelé que chaque récit, chaque défi et chaque enjeu peuvent être examinés sous plusieurs angles. Au XXIe siècle, alors que les médias sociaux et les fausses nouvelles alimentent notre narcissisme, nous avons peut-être trop souvent la fâcheuse habitude de nous attarder à une seule version. Pourquoi ne pas considérer plutôt les deux côtés de la médaille ? Cela permettrait le dialogue, panserait les blessures et favoriserait la compassion au sein des communautés. Au cours des dernières semaines, toutefois, en dépit de la meilleure volonté, il est devenu de plus en plus pénible de garder le cap sur l’ouverture d’esprit. Il est difficile d’adopter une perspective d’ensemble devant des comportements si insensibles.

L’étoile jaune

Mon degré de tolérance a commencé à baisser lorsque j’ai vu certains de nos concitoyens arborer l’étoile jaune à la poitrine. En tant que fille d’une survivante de l’Holocauste, dont la famille élargie a en grande partie été éradiquée par les nazis, j’ai été estomaquée par l’ignorance de ceux qui établissent un parallèle entre des mesures d’hygiène liées à la COVID-19, mises en place pour sauver des vies, et un régime meurtrier qui cherchait à anéantir des vies. Je plains ces protestataires qui étalent publiquement leur conception erronée d’un chapitre catastrophique de l’histoire. Le sentiment est personnel, mais cette situation me touche, naturellement, au plus haut point.

Ce qui s’est produit par la suite n’a pas grand-chose à voir avec mon histoire personnelle, mais nourrit davantage ma colère. L’ignorance, la stupidité, la naïveté et l’étroitesse d’esprit peuvent mener à des choix douteux, mais le fait de condamner en toute conscience les mesures sanitaires à l’endroit même où les personnes malades et mourantes sont soignées par le personnel d’urgence tient de l’incompréhension. Se présenter avec des pancartes et scander des slogans de protestation au visage de ceux qui ont passé les deux dernières années à faire fi de leur propre existence, physiquement et mentalement, pour prendre soin de patients affaiblis par cette maladie imprévisible dépasse l’entendement.

Alors que ce groupe restreint continue de nous rappeler à quel point l’humanité peut être égoïste, pourquoi ne pas nous rallier pour étouffer ce bruit en joignant collectivement nos voix (et en faisant tinter nos casseroles) pour clamer notre appui au personnel de la santé qui, sans répit, tente de nous garder en bonne santé malgré les défis de cette pandémie.

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