En début de campagne, le Bloc québécois a adopté sa nouvelle plateforme électorale. Des représentants des médias ont noté que l’indépendance du Québec n’y figurait pas. Tout en se disant toujours en faveur de l’option, Yves-François Blanchet précisait « ne pas en faire un thème de campagne dans un contexte où celle-ci n’a pas la faveur d’une majorité de la population ». 1 Cela a eu pour conséquence d’évacuer complètement l’enjeu de l’indépendance des débats.

Publié le 13 sept. 2021
Eric Montigny
Eric Montigny Professeur au département de science politique, Université Laval

Dans mon livre sur l’évolution du Parti québécois publié en 2018 aux Presses de l’Université Laval, j’explique comment le Parti québécois (PQ) a migré au fil du temps d’un parti programmatique (policy seeking party) à un parti électoraliste (vote seeking ou office seeking party). Ce changement implique qu’un parti cherche davantage à s’adapter à son environnement qu’à travailler à le modifier. En d’autres termes, il s’intéresse davantage à être en phase avec l’opinion publique pour remporter une élection qu’à vouloir convaincre les électeurs d’adhérer au projet de faire du Québec un pays.

C’est la stratégie qu’avait utilisée en 2019 le Bloc pour redevenir un acteur de premier plan à la Chambre des communes. Plutôt que de suivre l’objectif antisystème fixé quelques mois plus tôt par Martine Ouellet, le nouveau chef avait choisi d’enfourcher le thème de l’autonomisme défendu par le nouveau premier ministre du Québec, François Legault.

Ce virage autonomiste se confirme encore plus clairement en 2021. Une analyse de discours illustre que l’indépendance n’est pas au menu de cette campagne du Bloc québécois. Elle n’est effectivement pas mentionnée dans sa plateforme, pas davantage lors des débats.

Le Bloc insiste plutôt sur l’autonomie du Québec dans ses champs de compétence. Notamment avec l’engagement du dépôt d’un projet de loi balisant le pouvoir fédéral de dépenser, le Bloc cherche ainsi davantage à réformer le cadre fédéral afin d’y assurer l’autonomie du Québec qu’à le faire éclater.

En rupture avec la stratégie du nouveau chef du PQ ?

Le nouveau chef du PQ souhaite au contraire que le mouvement indépendantiste québécois emprunte un chemin différent. Lors de son élection comme chef, Paul St-Pierre Plamondon insistait sur la nécessité d’avoir un discours indépendantiste assumé. Dans une entrevue, il précisait ainsi sa pensée : « Notre projet d’indépendance, on veut l’assumer et on veut en parler de manière fière, directe, transparente. [Ce qui signifie] donc plus de tactique, plus de mécanique référendaire compliquée. Un vote pour le Parti québécois, c’est un vote pour notre projet de pays. » 2

En d’autres termes, il s’engageait à reprendre un discours expliquant les raisons motivant l’indépendance du Québec, et ce, même si ce projet n’était pas actuellement en phase avec l’opinion publique québécoise.

Le Bloc québécois et le Parti québécois sont bien entendu des entités politiques et juridiques distinctes. Ils partagent toutefois une base militante généralement commune et du personnel politique. Rappelons qu’avant son passage au Bloc, Yves-François Blanchet fut d’ailleurs un militant, puis un élu du Parti québécois. Avant 2019, les deux formations politiques se targuaient également de faire alliance en période électorale. Par exemple, on se souviendra que Lucien Bouchard, alors chef du Bloc, fit activement campagne pour le PQ contre Mario Dumont dans la circonscription de Rivière-du-Loup en 1994.

Avec l’arrivée de la Coalition avenir Québec (CAQ) au pouvoir et la popularité de son nationalisme autonomiste, le contexte politique a profondément changé au Québec. Le clivage Oui-Non sur l’indépendance ne structure plus le débat politique. Pour survivre, le Bloc tente de s’y adapter en adoptant une stratégie électoraliste (vote seeking).

Cela n’est pas sans occasionner un certain fossé avec le discours actuel du Parti québécois qui, pour assurer son avenir, a fait un choix inverse, soit d’adopter une stratégie plus programmatique (policy seeking). Yves-François Blanchet est donc en dissonance avec Paul St-Pierre Plamondon qui tente au quotidien de réorienter le mouvement indépendantiste afin qu’il assume sans complexe son option fondamentale.

Parce qu’elles résonnent davantage auprès de l’électorat, le chef du Bloc a choisi de reprendre les revendications autonomistes de François Legault, tout en déclarant son appréciation envers les qualités de Dominique Anglade. 3 Paradoxalement, cela a pour effet de délaisser les objectifs partisans poursuivis par le chef du PQ.

Or, tout en permettant au Bloc d’aspirer à obtenir davantage de votes à court terme, cette stratégie ne contribue-t-elle pas à éloigner, à plus long terme, le parti de son objectif premier ? Pour le mouvement indépendantiste, il s’agit d’un enjeu structurant qui dépasse le cadre de cette élection et les divisions manifestes entre ces deux partis sur la question du troisième lien à Québec.

1. Lisez « Le Bloc québécois mise sur l’environnement et l’identité », publié dans Le Journal de Québec
2. Écoutez le segment de Radio-Canada « Le nouveau chef du PQ : Entrevue avec Paul St-Pierre Plamondon »
3. Lisez « Relations avec les partis : Yves-François Blanchet “aime beaucoup” Dominique Anglade »
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