L’auteure s’adresse à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et aux élus municipaux

Vali Fugulin
Vali Fugulin Résidante de La Petite-Patrie

Je ne suis certainement pas la seule à trouver effrayant et effroyable l’état actuel de nos arbres montréalais : de toute évidence, nos géants souffrent de l’été caniculaire.

En balade dans Rosemont, une série infinie d’érables qui sèchent littéralement sur place nous accompagne. Partout, des feuilles brûlées, des cimes dégarnies, un jaunissement précoce. Ce ne sont pas les petits jeunots (qui sont arrosés), mais bien les arbres de 10 à 20 ans qui semblent les plus affectés ; même des géants centenaires, aux racines pourtant profondes, montrent aussi de sérieux signes de souffrance. Des arbres déplumés, voire carrément squelettiques, jettent leur ombre sur mon espoir que « les arbres vont sauver la planète ».

Plantez des arbres qu’ils disaient. Oui, mais encore faut-il qu’ils survivent pour nous aider.

À cet effet, il ne faut pas oublier que les arbres urbains, qui font face à moult défis, sont un peu comme des grosses plantes en pot. Vu le peu de sol sous leurs pieds, ça prend de l’eau.

Si on arrose nos aménagements floraux, nos potagers et notre gazon (misère), ne pourrait-on pas imaginer une campagne citoyenne pour rediriger ces arrosages vers des arbres qui souffrent ?

Et si chacun adoptait et arrosait l’arbre devant chez lui, et vite ? Un arbre à la fois.

Montréal a plus que jamais besoin de la protection de ces géants qui captent le CO2 (service un brin essentiel, faut-il le rappeler), nous donnent de l’oxygène (ce dont on a besoin pour vivre), abritent la faune et fournissent de l’ombre aux Montréalais, étouffés par des étés de plus en plus chauds. On ne peut vraiment pas se passer d’eux.

Veut-on se ramasser avec des centaines, voire des milliers d’arbres morts l’an prochain ? Des arbres à abattre, à remplacer par des plus petits qui, eux aussi, prendront, 10 à 20 ans à s’implanter dans des conditions de plus en plus difficiles ?

Si on déclenche l’état d’urgence pour d’autres dérèglements climatiques tels les rivières qui débordent, les routes ou les canalisations qui se brisent lors de glissements de terrain ou les incendies, pourquoi ne la déclenche-t-on pas quand on voit notre poumon vert mourir devant nos yeux ?

Parce qu’un arbre qui meurt, ça ne fait pas de bruit ? Ça ne dérange personne, ça part tout doucement, ça ne brise rien. Bientôt, on va trouver ça déprimant ; imaginez Montréal avec des arbres dénudés, comme l’hiver, mais à l’année. C’est ce que je vois quand je me balade parmi les géants desséchés.

Madame la mairesse, il est urgent d’agir pour sauver nos arbres matures montréalais. Arroser les jeunes arbres nouvellement plantés est une pratique courante à Montréal. Pourquoi les arbres un peu plus vieux sont-ils laissés à eux-mêmes ? Les cols bleus peuvent-ils être redirigés vers cette tâche on ne peut plus urgente ?

Et pourquoi pas une campagne pour inciter les citoyens à adopter un arbre mature et l’arroser ? À l’instar de l’homme qui plantait des arbres, j’inviterais aussi mes concitoyens à devenir la femme ou l’homme qui arrose les arbres. On ne pourra pas tous les réchapper, mais chaque arbre nous est plus que nécessaire. Sans eux, comme vous le savez, nous ne pouvons pas vivre.