La pandémie a été une période de défis importants. Elle a contraint les gouvernements du monde entier à plonger leur économie dans un coma artificiel pendant plus d’un an, nuisant à la croissance économique et réduisant leur flexibilité financière en raison de l’explosion des emprunts publics.

Martin Desrosiers et Luc Vallée Respectivement oto-rhino-laryngologiste, professeur clinicien de chirurgie à l’Université de Montréal et ex-économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec

Toutefois, la pandémie a aussi accéléré le développement et l’innovation dans de nombreux secteurs. Elle a également profondément modifié les comportements qui, même s’ils ne sont que partiellement maintenus, offriront aide et soutien à des millions de personnes.

D’une part, la numérisation a progressé très rapidement. En conséquence, de nombreuses entreprises ont adopté de nouveaux modèles d’affaires et la transition vers l’économie numérique est maintenant en avance d’au moins quelques années, voire une décennie.

D’autre part, la possibilité de travailler et de fréquenter l’école à distance apporte aussi de réels avantages à de larges segments de la population, à la fois en matière de gain de temps et d’un meilleur accès ; sans parler de son impact positif sur le climat, un autre problème urgent et un défi colossal.

De plus, la pandémie a fortement incité les entreprises privées et les institutions publiques à accroître la résilience de nos chaînes d’approvisionnement mondiales.

Des gains de productivité, une convenance accrue au travail et à l’école, une réduction des émissions nocives et une meilleure gestion des risques devraient certainement aider les organisations et les individus à mieux naviguer dans la prochaine tempête ; ne présumant pas que l’actuelle crise soit définitivement terminée.

Impacts sur le secteur de la santé

Par ailleurs, le secteur de la santé a été particulièrement atteint pendant la pandémie. Pourtant, il a également fait de nombreux progrès fulgurants. La télémédecine, par exemple, y est apparue en force alors qu’aussi récemment qu’en 2020, elle était perçue comme un projet irréaliste, engorgé dans un cauchemar bureaucratique et l’emprise du négativisme de la profession.

Certes, la télémédecine ne remplacera pas complètement les consultations en personne et peut avoir conduit des médecins à pousser leurs patients vers des tests qui auraient pu être évités autrement, créant ainsi des goulots d’étranglement ailleurs dans le système.

Toutefois, la télémédecine et d’autres technologies émergentes, lorsqu’utilisées efficacement et dans les bonnes circonstances, démontrent déjà leur immense potentiel à réduire les temps d’attente à l’hôpital et au cabinet du médecin, les listes d’attente pour les opérations et les consultations ainsi que les coûts pour les patients et les contribuables.

La pandémie a aussi exposé les faiblesses structurelles du secteur et lui impose maintenant une réorganisation qui devrait avoir des avantages importants. Celle-ci est désespérément requise alors que la population des pays avancés vieillit et que les coûts des soins de santé devraient encore augmenter rapidement en pourcentage des dépenses gouvernementales et du PIB. Il reste à voir si les politiciens auront la sagesse et le courage d’aller jusqu’au bout si la crise actuelle s’apaise bientôt.

Découvertes et comportements

Les impacts de la pandémie sur l’augmentation des découvertes scientifiques et la modification des comportements humains, qui sont susceptibles de conduire à une amélioration très significative de la prévention et de la guérison des maladies, ont été beaucoup moins médiatisés.

Alors qu’on a beaucoup écrit dans les médias sur les délais nécessaires pour rattraper les retards de certaines interventions chirurgicales causés par la pandémie, on a beaucoup moins entendu parler du fait que les longs délais pour que les enfants nécessitant une intervention chirurgicale visant à corriger une otite extrêmement douloureuse, par exemple, ont presque été éliminés.

De nombreux enfants encore sur les listes d’attente ont également guéri par magie ; la distanciation physique, le port du masque et surtout le bon vieux lavage des mains ont probablement favorisé une meilleure hygiène.

Même la propagation de l’influenza, qui causait jusqu’à récemment de nombreuses hospitalisations et morts – en moyenne 40 000 morts par an rien qu’aux États-Unis –, a diminué de près de 90 % dans de nombreux pays, dont le Canada.

Une exception notable a été l’incidence accrue des allergies, probablement le résultat d’un environnement plus aseptisé pendant la pandémie qui a affaibli la capacité de notre système immunitaire à lutter contre les agents pathogènes.

Sur le plan des médicaments, mis à part le développement extraordinaire de plusieurs vaccins contre la COVID-19, la pandémie a amené la communauté médicale à se pencher sur les virus.

Une meilleure compréhension des interactions des virus avec le corps humain a engendré de nouvelles connaissances sur les infections des voies respiratoires et promet de futurs traitements qui pourraient, peut-être un jour, conduire à l’éradication de virus ; vous en saurez plus à ce sujet dans la deuxième partie de ce texte, qui sera publiée demain.

Il y a donc de l’espoir, dans un avenir pas si lointain, souhaitons-le, que notre système de santé fournisse des services plus rapides et améliorés ainsi que de meilleurs traitements contre un plus grand nombre de maladies.

Il faudra bien sûr des ressources et une vision de la part des décideurs politiques pour y arriver. Mais il convient également de reconnaître que c’est seulement en nous rendant responsables de nos actions et comportements individuels pendant cette pandémie que nous ferons de cette vision une réalité plus rapidement.