Comprenez-moi bien, je suis, à la base, un scientifique. Mon premier diplôme était en mathématique avec une mineure en chimie et je comprends que le risque zéro n’existe pas. Et je comprends que les scientifiques ne sont pas unanimes dans leur interprétation des dernières recherches, mais il y a quand même consensus autour des principaux enjeux.

Alain Gauthier Président du conseil d’administration de l’organisme D’un couvert à l’autre

Je comprends qu’au départ, l’avion se construisait en plein vol et que, en ce sens, le gouvernement a fait un travail remarquable jusqu’à présent. Mais maintenant, l’avion est en vol et le pilote interprète les données scientifiques selon ses besoins politiques.

Je comprends la réaction politique du bon père de famille vis-à-vis quelques écervelés qui ont réclamé une compensation déjà mal ficelée. Mais pourquoi les politiciens ont-ils réagi si vivement à la pression populaire au lieu d’exercer leur jugement et de l’exprimer en toute transparence ?

Aujourd’hui, on est en train de tuer mon organisme, qui a pour mission l’insertion sociale et professionnelle de jeunes schizophrènes (il en accueille 350 par mois), en plus de mettre en péril toute l’industrie touristique.

Quand j’entends le premier ministre dire que la frontière va rester fermée même pour ceux qui ont leurs deux doses de vaccin… où est la science derrière cette décision ?

Pourquoi exiger que la quarantaine se prolonge durant 14 jours, même si les trois tests exigés s’avèrent négatifs après 11 jours (avec la visite des tontons macoutes pour s’en assurer) ?

Pourquoi continue-t-on à se laver les mains et à désinfecter les paniers dans les épiceries, les chaises, les comptoirs à l’entrée, chez le dentiste ou l’optométriste, quand depuis déjà une année la science a établi que le virus ne se transmet pas par les objets, mais par voie aérienne (aérosols) ? Quelle perte de temps et d’argent et, surtout, de crédibilité pour nos gouvernements et la Santé publique, qui se targuent d’être au diapason des dernières recherches.

Pourquoi tout d’un coup, à 70 ans, on n’est plus compétent pour faire de la vaccination, alors qu'on recrute médecins et dentistes à des salaires exorbitants, comparativement aux infirmières ?

À 69 ans, ma femme infirmière, qui a déjà été responsable de la vaccination H1N1 et directrice générale d’un CHSLD, s’est portée volontaire en janvier ; on lui a alors proposé de faire de la vaccination. Mais n’étant pas disponible avant le mois de mai, on l’informe que désormais, parce qu’elle a eu 70 ans en mars, on ne peut plus l’embaucher. Tout cela alors qu’on manque d’évaluateurs dans les cliniques de vaccination. Un an plus tôt, en avril 2020, on voulait pourtant l’envoyer dans un CHSLD en pleine éclosion. Règle bureaucratique absurde… le président américain a 78 ans !

Je comprends que les complotistes et les je-m’enfoutistes (surtout des jeunes) sont comme des soldats qui vont à la guerre, mais au lieu de tirer sur l’ennemi, ils visent leurs compagnons d’armes.

Alors pourquoi tient-on la population en otage à cause de ces innocents ? Pourquoi ne pas décloisonner plus rapidement et enlever ces règles absurdes non basées sur la science ?

Pourquoi accorde-t-on toutes sortes d’exceptions, comme la présence de 3500 spectateurs au Centre Bell, comme les bals des finissants, comme le rassemblement de 250 personnes dans un lieu de culte, et j’en passe, alors qu’on nous refuse de tenir un cocktail dînatoire ou un souper rassemblant 150 personnes sur une terrasse (oui à l’extérieur) ? D’autant que presque tous les participants à notre tournoi de golf du 7 juillet ont été vaccinés. Où est la logique ?

On permet à des entreprises privées d’engranger des revenus, comme au Centre Bell, mais depuis la pandémie, on a dû annuler nos évènements bénéfices (deux soupers de homard, un souper d’huîtres) et perdu ainsi plus de 200 000 $, sans compensation gouvernementale.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Des partisans du Canadien de Montréal rassemblés au Centre Bell le 24 juin dernier

On gère pourtant des programmes qui accueillent 350 personnes atteintes de maladie mentale avec peu d’aide gouvernementale, mais avec des résultats cliniques extraordinaires et des retombées économiques de plusieurs millions.

Il faut arrêter de fixer des règles au gré du politique et de la bureaucratie, qui parlent des deux côtés de la bouche. Il est temps d’ouvrir les vannes et de laisser ceux qui ne veulent pas se faire vacciner attraper la maladie (je comprends le problème des hôpitaux qui pourraient être débordés et surtout l’impact politique) et laisser les autres tranquilles avec des règles simples, faciles à communiquer.