Cette année, les Canadiens ont dû admettre plusieurs vérités dérangeantes. Nous n’avons pas su prendre soin de nos aînés durant la pandémie. Les Canadiens noirs ont raison de se méfier de la police. Nos concitoyens musulmans ne sont pas en sécurité dans nos rues. Nous n’avons pas encore tout à fait affronté notre passé colonial, une étape cruciale qui précède tout espoir de réconciliation avec les peuples autochtones.

Charles Breton
Charles Breton Directeur, Centre d’excellence sur la fédération canadienne, Institut de recherche en politiques publiques, et cinq cosignataires *

Même si de nombreux chantiers sont en cours, la tâche est lourde. Chaque nouvelle tragédie nous rappelle la distance qui nous sépare de nos objectifs. Un tel parcours du combattant a de quoi en décourager plus d’un.

Les avancées sont lentes, mais force est de constater que les choses changent. Dans les relations avec les peuples autochtones, par exemple, l’opinion publique canadienne évolue.

L’élément déclencheur peut surprendre, mais une part de ce progrès est survenue à la suite des manifestations en appui à la nation wet’suwet’en, dont la lutte dominait l’actualité dans les mois qui ont précédé la pandémie. Non seulement des gestes comme le blocage des chemins de fer n’ont pas entraîné de réactions hostiles de la part du public, mais l’appui de ce dernier envers la nécessité de faire avancer la réconciliation avec les Autochtones a même augmenté dans les mois qui ont suivi.

Nos sondages montrent que depuis le début de 2020, la proportion de Canadiens non autochtones qui disent que les gouvernements ne sont pas allés assez loin pour faire avancer la réconciliation a augmenté. Cette proportion est aujourd’hui deux fois plus grande que celle qui croit que les gouvernements sont allés trop loin. Il y a aussi eu une augmentation de la proportion de Canadiens qui disent avoir eux-mêmes un rôle à jouer dans les efforts de réconciliation. Sept Canadiens sur dix le croient, et plus de la moitié de ceux-ci disent être fermement de cet avis.

Pensionnats autochtones

Il y a aussi des nouvelles encourageantes en ce qui a trait à la connaissance de l’histoire des pensionnats autochtones. Précisons que notre enquête a été menée avant la terrible découverte des restes d’enfants sur le site de l’ancien pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique. Notre sondage montre que trois Canadiens sur cinq disent connaître au moins un peu l’histoire des pensionnats. Mais ces chiffres augmentent chez les plus jeunes, atteignant les trois quarts. Les efforts récents pour s’assurer que les élèves canadiens en apprennent plus sur l’héritage des pensionnats commencent visiblement à porter leurs fruits.

Les résultats de notre sondage montrent un autre type de présage encourageant : ils nous rappellent la confiance et la force qui animent les peuples, communautés et nations autochtones. Même s’il est important de mettre l’accent sur certains besoins toujours criants des Autochtones (l’accès à l’eau potable, une éducation de qualité, la protection du système de justice), il faut aussi souligner les domaines où ils sont en tête de file. La plupart des Autochtones, par exemple, ressentent non seulement un attachement profond envers leur nation ou leur communauté, mais font aussi grandement confiance aux leaders de leurs propres organisations. Ce niveau de confiance est beaucoup plus élevé que celui exprimé par les Canadiens non autochtones envers leurs propres leaders, un fait qui devrait faire réfléchir les premiers ministres du pays, mais aussi montrer que les Autochtones peuvent miser sur leur solidarité.

Les signes positifs que nous voyons dans notre enquête ne devraient pas nous amener à nous asseoir sur nos lauriers dans l’attente qu’une véritable réconciliation se manifeste comme par magie.

Peu importe les tendances observées, une minorité de Canadiens est toujours d’avis que les gouvernements ne devraient pas en faire plus pour faire avancer la réconciliation. Il ne fait aucun doute que le travail le plus ardu reste à accomplir.

Toutefois, notre sondage laisse entrevoir que nous ne partons pas de rien. Plusieurs Canadiens s’impatientent devant l’absence de progrès, en apprennent plus sur notre histoire et cherchent déjà à nous faire suivre les étapes qui conduisent à un meilleur avenir. Voilà un élan dont il faut tirer parti.

Cosignataires : Donald Abelson, The Brian Mulroney Institute of Government ; Loleen Berdahl, The Johnson Shoyama Graduate School of Public Policy ; Collen Collins, The Canada West Foundation ; Alain-G. Gagnon, Centre d’analyse politique – constitution et fédéralisme ; Andrew Parkin, The Environics Institute for Survey Research