Le 17 juin, le gouvernement provincial a fait connaître son projet de relance économique portuaire Avantage Saint-Laurent. Celui-ci constitue une enveloppe de près de 1 milliard de dollars, qui vise principalement à accroître le transport de marchandises sur le fleuve et à intégrer celui-ci aux technologies de logistique « intelligente ». Nous sommes des groupes de riverains opposés aux projets de développement industriel et portuaire, car nous avons une autre vision pour le littoral.

Sabrina Torez Le terrain vague n’est à personne, et 7 cosignataires

Les projets Laurentia à Québec, du terminal du Port de Montréal à Contrecœur en Montérégie, d’usine de liquéfaction de gaz fossile de GNL/Gazoduq à Saguenay et du site de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistics dans l’est de Montréal sont tous des projets qui doivent voir le jour dans les prochaines années. Ils visent tous à accroître la circulation maritime sur le fleuve Saint-Laurent et ainsi, à tailler au Québec une place plus importante dans le commerce international.

Si nous nous mobilisons contre ces projets de développement portuaire, c’est que nous n’avons pas oublié les vœux qui ont été formulés tout au long de l’année qui a précédé la pandémie.

À ce moment, partout dans le monde et partout au Québec nous avons vu s’organiser des grèves et défiler des manifestations qui en appelaient à une grande transformation de nos rapports au reste du vivant. Toutes des démonstrations d’une volonté collective de sortir du « tout à l’économie ». Cette année écologiste s’était terminée, ne l’oublions surtout pas, sur l’exemple retentissant des Wet’suwet’en. Attachés à leur territoire et suscitant l’inspiration partout, ils et elles ont créé une vague de solidarité rarement vue au pays.

Défendre les milieux de vie

Nous voulons reprendre cet élan brisé par la pandémie et affirmer que nous allons défendre les milieux de vie des humains et de tous les vivants. Les projets portuaires, nous le savons depuis des années, empiètent gravement sur les capacités reproductrices des animaux marins. Certaines espèces de poissons qui sont déjà en danger de disparition verraient leurs zones de reproduction envahies par Laurentia et le terminal de Contrecœur. Il en est de même pour le béluga qui est menacé par la pollution sonore due au trafic maritime sur le fjord, qui s’amplifierait si les projets de GNL/Gazoduq, de Métaux BlackRock et d’Arianne Phosphate voyaient le jour. À Montréal, la friche où s’installera le terminal de Ray-Mont Logistics est un sanctuaire pour de nombreux insectes et un lieu de passage important pour les oiseaux migrateurs. Admettons que la déforestation de l’île dans les derniers siècles leur a déjà rendu la nidification plutôt compliquée.

Ces espaces convoités par les administrations portuaires et les grands du commerce international sont aussi des milieux de vie pour nous, riverains et riveraines du Saint-Laurent et du Saguenay. Au Saguenay, c’est notre attachement profond aux paysages grandioses du fjord et notre désir de protéger ce joyau unique qui expliquent nos préoccupations depuis des années face à l’accumulation des impacts des divers projets industrialo-portuaires. À Montréal, la réalité riveraine est le plus souvent dissimulée, ensevelie par les infrastructures du Port. Pourtant, ce que plusieurs appellent le terrain vague demeure un espace habité quotidiennement par des centaines de personnes, qui y trouvent un havre boisé, un espace pour faire des feux entre amis. À Québec, la baie de Beauport est le seul endroit au centre-ville où il est permis de se mêler au fleuve. Cette plage présente encore la possibilité d’un usage commun des berges, comme nous rêverions de le voir tout le long du Saint-Laurent.

Les terminaux portuaires, avec leurs dispositifs sécuritaires d’inspiration militaire et l’impossibilité de la cohabitation, signent à Contrecœur comme ailleurs, le début de l’inaccessibilité des berges.

Ces lieux montrent différents stades du processus de séparation que les ports imposent partout entre les milieux et leurs habitants.

Ainsi donc, à tous les endroits on retrouve les mêmes dynamiques destructrices, le même mépris envers les habitants et habitantes des alentours et les espèces animales menacées. C’est une économie de la mort qui s’oppose à l’existence des communautés du vivant. Nous ne pouvons pas laisser le fleuve et le fjord être transformés en autoroute à bateaux pour le profit et sans égard pour le vivant. Dorénavant, nous avancerons ensemble, pour toutes les autres possibilités que peut porter le littoral. Que ceux et celles qui ne veulent pas regarder en toute impunité la destruction du fleuve nous rejoignent !

Cosignataires : Anaïs Houde, Mobilisation 6600 ; Simon Parent, Table citoyenne littoral Est ; Véronique Lalande, Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec ; Camille-Amélie Koziej Lévesque, co-porte-parole, Coalition Fjord ; André Pépin, Vigie citoyenne Port de Contrecœur ; Gilles Dubois, Solidaires terre et fleuve Montérégie ; Daniel Guay, Accès Saint-Laurent