J’ai été papa pour la première fois à l’âge de 26 ans et je le serai pour la septième fois cet été à 56 ans. On se perd souvent dans le rôle qu’on joue face aux autres dans la société.

Erik Giasson
Erik Giasson L’auteur est conférencier

Ce rôle est souvent obnubilé par ses propres besoins de survie. Il manquera alors de perspective sur les vraies choses de la vie. Dans son illusion, il verra des menaces potentielles où il n’y en a pas, ou encore ce qui lui manque pour être heureux. Il se promènera entre le regret d’hier et la peur de demain. C’est souvent ce qui explique une quête sans fin de petits plaisirs ou une course à éviter des peurs potentielles et aussi le fait que l’on n’est pas heureux dans la vie.

J’ai eu la bénédiction de lire Le prophète, de Khalil Gibran, lorsque j’attendais ma première fille. J’ai compris que les enfants que j’allais avoir m’étaient prêtés, qu’ils n’étaient pas ma propriété, mais les enfants de la vie et que mon rôle était celui de l’archer, d’être là pour les aimer et les aider à aller dans la bonne direction. J’ai aussi compris qu’ils avaient leurs propres pensées et qu’ils étaient de petites âmes bien vivantes.

C’est d’ailleurs pourquoi, lorsque l’une de mes filles de moins de 10 ans me disait : « Papa, tu exagères », au lieu de dire : « Écoute-moi, je suis l’autorité suprême », j’avais la capacité d’écouter, d’entendre la petite personne et, la plupart du temps, de m’excuser parce qu’elle avait raison.

Comme je me suis perdu dans les rôles et que ma vie au fil du temps a beaucoup changé, on me demande souvent de quoi a l’air ma relation avec mes enfants. Ma relation n’a pas changé et je dirais qu’elle est même plus forte qu’avant. Comme les assises de ma relation avec eux sont d’humain à humain, bien que je sois dans le rôle du père, et eux, dans celui des enfants, nous sommes des personnes humaines qui s’accompagnent dans la vie, jouant une partie différente sans nous perdre dans la forme.

Quand on est dans l’illusion de l’ego, le monde tourne souvent autour de nous et de nos petits besoins, ce qui explique malheureusement que notre identité sociale est souvent la personne la plus importante de notre vie.

Le controversé Jordan B. Peterson dit qu’on n’a pas vraiment commencé à vivre tant qu’on n’a pas eu d’enfant et, pour ma part, c’est vrai.

Quand j’ai perdu mon emploi en 2008, donc la perte de mon rôle, j’ai eu envie de quitter cette vie, mais j’ai décidé d’y rester pour les besoins de mes enfants. Ce n’était plus à propos de moi et de mes besoins égocentriques. Je pense que j’ai commencé à vivre pleinement quand j’ai compris que les besoins de l’autre étaient devenus les miens.

Aujourd’hui, en plus de mes quatre grandes filles, je suis grand-père, j’ai un garçon de 6 ans, une fille de 3 ans et on attend une autre petite fille en août. Maintenant que je suis éveillé dans ma vie, ce que je retrouve dans mes enfants, c’est l’occasion de vivre la vie à sa plus pure expression.

Les jeunes enfants ne sont pas encore pollués par l’esprit rationnel. Ils sont présents dans leur monde de joie, de curiosité, de bonheur facile et, pour moi, c’est le yoga suprême, c’est l’union, la vie. C’est le regard et l’amour de mes enfants qui me donnent envie de croquer dans la vie tous les jours et de continuer de me dépasser.