À l’approche des élections municipales, force est de constater qu’un nouvel enjeu se dessine à l’ordre du jour : l’intervention croissante des villes dans les domaines liés à l’identité et à la citoyenneté. Cette tendance revêt une importance particulière à Montréal, comme en témoigne l’adoption la semaine dernière d’une motion pour la création d’un Conseil montréalais de la langue française. Pour le bénéfice des électeurs et électrices de la métropole, à tout le moins, il importe de relever ce qui est en jeu ici.

David Carpentier
David Carpentier Doctorant en science politique, Université d’Ottawa

Au fil du temps, les administrations montréalaises se sont habituées à s’opposer directement à certaines des orientations définies par les gouvernements qui se sont succédé à Québec. Pensons entre autres à l’adoption de motions qui demandent la mise en œuvre d’une « laïcité ouverte » ou visant la reconnaissance officielle du racisme systémique. Sur les questions linguistiques, Montréal préconisait jusqu’à tout récemment une approche passive, voire négligente relativement à la protection et à la promotion de la langue française. Or, dans les derniers mois, l’administration Plante semble avoir opéré un virage à 180 degrés.

Des pratiques linguistiques critiquées

Même si la charte constitutive de la métropole prévoit à son article premier que « Montréal est une ville de langue française », jamais cette idée phare n’a véritablement été mise en œuvre ou traduite dans un document officiel. Certaines pratiques organisationnelles et politiques ont même mis en cause le principe du français comme langue commune de la vie publique. Notons le recours au bilinguisme par de nombreux membres de la classe politique municipale lorsqu’ils et elles s’adressent à la population ou encore la traduction systématique vers l'anglais des rapports publics produits par les conseils consultatifs de la Ville.

Ces pratiques, même si elles suggèrent l’insuffisance du français dans l’espace public, ne doivent pas être simplement assimilées à de l’hérésie. Au contraire, elles peuvent trouver leur justification dans une perspective de justice sociale, afin de garantir l’accès de tous et toutes aux services publics. Il serait malhonnête de lancer la pierre à Montréal, puisque la responsabilité en matière de francisation incombe plutôt au gouvernement provincial. Le Vérificateur général du Québec indiquait sans détour dans un rapport publié en 2017 l’échec des programmes de francisation de la province. De plus, la classe politique montréalaise doit aussi représenter une population de plus en plus diversifiée. Une situation qui s’explique, selon l’historien Paul-André Linteau, par l’immigration internationale certes, mais aussi par la tendance lourde à l’exode vers la grande banlieue des Québécois et Québécoises d’origine canadienne-française.

Ainsi, les pratiques linguistiques de la Ville peuvent à la fois être critiquables et justifiables. Dans tous les cas, il n’en demeure pas moins qu’elles fragilisent l’idée du français comme langue commune et de la participation citoyenne. Une idée qui trouve enfin une expression concrète à Montréal, sous le leadership de Valérie Plante.

Montréal se reconnaît finalement un rôle

Les événements récents montrent que la métropole souhaite aujourd’hui lever l’ambiguïté quant à son engagement pour la promotion de la langue française. Rappelons que la nomination en juin 2020 de Cathy Wong à titre de responsable de la langue française auprès du comité exécutif de la Ville précédait la controverse entourant la non-conformité de plusieurs de ses arrondissements à la Charte de la langue française. Depuis, la très grande majorité d’entre eux, à l’exception de Saint-Léonard et de Pierrefonds-Roxboro, a obtenu la certification de l’Office québécois de la langue française. L’administration Plante a aussi présenté et adopté ce printemps un plan d’action en matière de valorisation de la langue française, lequel prévoit notamment la création d’un poste de commissaire afin d’en assurer la mise en œuvre et le suivi.

Ces initiatives, faut-il le souligner, s’inscrivent dans une démarche inédite à la Ville de Montréal et doivent survivre à la présente administration, nonobstant l’issue des prochaines élections municipales. À cet égard, la proposition du conseiller Hadrien Parizeau, d’Ensemble Montréal, visant à mettre sur pied un Conseil montréalais de la langue française composé de résidants et de résidantes est de bon augure. Même s’il est encore trop tôt pour évaluer sérieusement les retombées concrètes des initiatives présentées dans les derniers mois, il n’en demeure pas moins qu’elles envoient un message fort au gouvernement du Québec : la métropole doit dorénavant être considérée par celui-ci comme une véritable partenaire dans la promotion et la protection du fait français en Amérique du Nord. La langue française est finalement arrivée en ville !

– Une version antérieure de cet article laissait croire que M. Linteau était décédé. Nos excuses.