Depuis qu’il a été déposé le 13 mai dernier à l’Assemblée nationale, le projet de loi 96 fait des vagues dans les médias. De nombreux articles d’opinion ont déjà été publiés, notamment au sujet de la section II sur l’éducation collégiale et universitaire.

Anne Lin Arghirescu Étudiante et vice-présidente de l’Union étudiante de Marianopolis

En tant qu’étudiante francophone qui poursuit présentement un DEC au cégep anglophone Marianopolis, je me sens particulièrement interpellée. Née à Montréal, j’ai pour langue maternelle le français, auquel je suis très attachée. Cependant, le projet de loi 96 me semble inadéquat pour le protéger : je suis convaincue que d’autres avenues plus efficaces et positives existent pour promouvoir le français plutôt que d’instaurer un plafond d’admission dans les cégeps anglophones à 17,5 % de toutes les places disponibles dans les établissements francophones et anglophones (88.0.4).

En se voulant raisonnable, le projet de loi met en place des provisions d’exemption incongrues qui permettraient à certains étudiants internationaux résidant au Québec de façon temporaire d’être admis en priorité dans les cégeps anglophones sans considération de leurs résultats scolaires, et d’être de surcroît dispensés du passage de l’épreuve uniforme de français.

En ce sens, le projet de loi 96 pénalise au premier rang les étudiants francophones locaux tout en posant préjudice à leurs libertés individuelles de décider leur langue d’instruction supérieure.

Le processus d’admission aux études postsecondaires est déjà très compétitif, et si ce projet de loi venait à se concrétiser, le Québec risquerait d’assister à l’exode de sa jeunesse vers d’autres provinces canadiennes.

Je suis déçue de constater que les étudiants québécois n’ont pas été impliqués, ni même consultés dans l’élaboration du projet de loi. Il semblerait que bien d’autres acteurs s’expriment à la place de ma génération pour déterminer ce qui constitue le « meilleur choix », au lieu de chercher à comprendre ce qui nous motive à poursuivre des études supérieures en anglais.

Pour ma part, je considère que le bilinguisme montréalais, qui se caractérise par la maîtrise de l’anglais en complément à une culture francophone édifiée depuis l’enfance, est une force et une richesse propres au Québec.

Le bilinguisme apporte des avantages sur le reste du Canada anglophone en ce qui a trait à l’insertion sur le marché du travail.

À l’approche de la saison électorale, ce projet de loi partisan crée un climat de tension et de division au sein de la société québécoise par un processus de sécurisation de la langue française. C’est un projet de loi qui se veut émotif. Il place en opposition les deux langues, française et anglaise, et leur refuse toute réconciliation et coexistence : « 88.0.1. Les établissements offrant l’enseignement collégial… appartiennent à une seule des catégories suivantes : francophone ou anglophone ». La survie de la langue française est dépeinte comme un enjeu fondamental de sécurité auprès de l’opinion publique. Par extension, les cégeps anglophones se transforment en menace à l’identité nationale, ce qui rend légitime la mise en œuvre de moyens extraordinaires et non démocratiques comme des quotas d’admission.

Au lieu d’imposer une telle interdiction, le gouvernement pourrait raviver la vitalité de la langue française dans les établissements d’enseignement supérieur anglophones en promouvant l’organisation d’activités culturelles francophones, en rendant accessibles les occasions d’études et de carrières en français, en encourageant la traduction de certains documents académiques dans les deux langues, en rendant disponible aux élèves un guide universel de terminologies bilingues pour chaque discipline, en créant un réseau de conférenciers et de chercheurs francophones invités à présenter, voire en imposant dans le curriculum un troisième cours de littérature francophone ou un nouveau cours de culture québécoise.

J’invite donc à présent mes pairs à se prononcer à leur tour sur les enjeux de ce projet de loi qui influence directement notre futur.