Il y a 10 ans, Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe quittaient le Parti québécois (PQ). Ces trois députés seront rejoints le lendemain par un quatrième, alors méconnu, Jean-Martin Aussant, qui allait fonder Option nationale dans les semaines suivantes. L’hémorragie aurait pu être bien pire pour le Parti québécois : si la fronde avait conduit les autres élus en réflexion à démissionner du caucus, nul ne peut concevoir ce qui serait advenu.

Florent Michelot
Florent Michelot Membre fondateur d’Option nationale et directeur général (2011-2012), membre du conseil d’administration des IPSO

On sait comme les crises sont l’occasion pour les institutions de démontrer leur robustesse et celle-ci n’a pas fait défaut : malgré ces départs, le PQ allait ensuite gagner les élections, mais peu à peu perdre d’influence. Une décennie plus tard, et alors que le mouvement indépendantiste peine à refaire de gains, un bilan de cette séquence mérite d’être opéré.

Le Parti québécois, un parti exagérément vilipendé

Convenons d’abord qu’on aurait tort de suranalyser ces deux journées de juin 2011. En fait, elles ne furent que l’apogée d’une succession d’incidents, de contrariétés et de débâcles dont les ressentiments des lendemains de la défaite crève-cœur de 1995 en sont les ferments. Elles sont aussi le produit d’un mouvement plus profond dans les comportements militants. Depuis la fin des années 1990, la mutation des arènes politiques en Occident a conduit à un double phénomène : d’une part, la lente perte d’attraction des partis progressistes et réformistes de masse et, ensuite, la multiplication des véhicules militants. En s’émancipant des rigidités des partis, les « forces vives » ont investi de nouveaux champs (protection de l’environnement, lutte contre les discriminations, etc.) et adopté des modes d’action innovants (« happenings » politiques, initiatives numériques, etc.). Mais ces forces ont aussi déserté la politique institutionnelle, ce qui a contribué à briser un équilibre et à « conservatiser » les partis traditionnels.

Pour revenir au PQ, la répudiation du club des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ-Libre) en mars 2010 a illustré ce phénomène : en plus de traduire l’incapacité à tolérer un groupe aussi turbulent qu’inoffensif, cela a renforcé l’image d’un PQ sclérosé, conformiste, voire réactionnaire.

Cette représentation a ensuite été consolidée par certains choix bien réels du gouvernement Marois, alors même que la démarche souverainiste était de plus en plus évacuée.

Le PQ d’aujourd’hui, malgré son programme indépendantiste et d’inspiration sociale-démocrate, continue de souffrir à tort de cette image bien implantée dans l’esprit de citoyen·nes. Pourtant, au jeu des vases communicants, l’alternative solidaire ne remplit pas sa mission.

Un pôle solidaire utile, mais insuffisant

La création d’Option nationale à l’automne 2011, à la suite du départ des quatre députés péquistes, a montré qu’une cohorte de militant·es restait prête à se mobiliser pour la cause de l’indépendance et de l’émancipation collective, avec une conception interventionniste de l’État. L’échec de ce parti sur le plan électoral ne doit pas masquer ses bons coups, notamment sur le plan des adhésions : en 2012, ON avait fait signer l’équivalent de 9000 cartes de membres, particulièrement chez les 18-35 ans. Que sont devenus ses membres, ses militant·es ?

Malgré la fusion d’ON et de QS en 2017, on ne peut déduire que les adhérent·es d’Option nationale sont tou·tes passé·es chez Québec solidaire ; une simple analyse des rapports financiers permet de le confirmer. Certain·es ont pris d’autres voies militantes en s’engageant auprès du Bloc québécois sur la scène fédérale, tandis que d’autres s’impliquent dans les organisations non partisanes. Beaucoup ont tout simplement délaissé l’implication politique en attendant des jours meilleurs pour s’engager. Enfin, certain·es sont probablement (re)parti·es au PQ. Quoi qu’il en soit, toute l’énergie militante révélée ou initiée par Option nationale n’a pas été poursuivie et c’est la raison pour laquelle il faut l’appeler à rejoindre d’urgence les véhicules existants. Et ce, sans sectarisme partisan.

Dans le paysage politique actuel, certaines fractures semblant désormais bien ancrées, il importe d’admettre la diversité du mouvement indépendantiste : plutôt que d’appeler à une unité de façade, mieux vaut parier sur cette diversité et appeler à la constitution d’un pôle indépendantiste fort de ses différences.

La marche vers l’indépendance a donc tout à gagner à reconnaître le travail sérieux des ancien·nes militant·es d’Option nationale, comme Sol Zanetti, qui trouvent leur compte chez Québec solidaire quant à la promotion de l’émancipation nationale. De la même façon, cette marche aurait encore plus à gagner en invitant tou·tes les indépendantistes à adhérer massivement et sans atermoiement au parti qui les rejoint le plus, quel qu’il soit. Si la division fratricide entre QS et le PQ est un jeu à somme nulle, la coexistence d’une diversité de partis peut avoir un effet démultiplicateur, à l’image du cas catalan.

Certes, les compromissions du Parti québécois après le référendum de 1995 avaient pu légitimement abîmer la confiance des citoyens et des citoyennes indépendantistes, mais il faut savoir passer outre ces égarements. Les raisons qui ont motivé les députés démissionnaires en 2011 ne peuvent plus être un repoussoir. C’est pourquoi l’arène péquiste doit être réinvestie par celles et ceux d’ON qui l’avaient désertée et qui ne se reconnaissent pas dans les autres options politiques. Et, à cet égard, la tâche salutaire qui est accomplie par Paul St-Pierre Plamondon depuis un an permet de remettre le PQ sur les rails de la souveraineté et cela pourrait contribuer à clore un cycle ouvert il y a 10 ans.