J’écoutais le ministre Christian Dubé nous parler de délestage en conférence de presse jeudi aprèsf-midi et je repensais à certains commentaires qu’il a faits cette semaine concernant le réseau qu’il dirige. « Ce dernier ne sera plus jamais le même après la pandémie. » « On ne peut pas revenir en arrière. » Christian Dubé veut moderniser la loi sur la santé.

« On a éliminé les fax. Là, il faut éliminer les feuilles Excel. » À son menu cet été, des consultations avec des experts en vue d’accoucher, dès l’automne, d’un projet de loi en bonne et due forme.

Il veut rendre permanent le décloisonnement de l’information entre les établissements de santé qu’a permis la pandémie, et qui permet de prendre les bonnes décisions, au bon endroit, plus rapidement. Ça pourrait vouloir dire de conserver une partie des pouvoirs conférés par l’urgence sanitaire, qui permettent de gérer plus efficacement le réseau.

En entendant cela, je n’ai pu m’empêcher de penser entre autres à Jean Rochon, à Pauline Marois et sa commission Clair, à François Legault (oui, oui, il a été ministre de la Santé dans une autre vie), à Philippe Couillard, Yves Bolduc, Réjean Hébert et Gaétan Barrette, tous d’anciens ministres de la Santé.

Ils ont tous voulu améliorer la gestion, les coûts et les services en santé, et ce, pendant plus de 20 ans, et ce, depuis les coupes massives des transferts en santé et en services sociaux aux provinces par le gouvernement fédéral de Jean Chrétien.

Le 22 juin 2020, François Legault nomme Christian Dubé ministre de la Santé en remplacement de Danielle McCann. Ce dernier dirige la campagne de vaccination de main de maître. Tous les échéanciers de vaccination sont devancés. On ne peut que les féliciter, son équipe et lui.

Jeudi dernier, il s’adressait à l’éléphant dans la pièce : le délestage en chirurgie. Le système de santé est sous respirateur artificiel. Et pas que depuis la pandémie. Depuis des lunes ! Le réseau et tout son personnel peinent à retrouver leur souffle. Ils sont épuisés, usés jusqu’à la corde. La pandémie n’a fait qu’aggraver la situation.

L’urgence sanitaire a permis la levée temporaire des barrières au partage de l’information entre établissements. Cependant, l’urgence sanitaire devrait normalement être levée au cours de l’été lorsque la proportion nécessaire de la population québécoise aura été vaccinée. Le sera-t-elle vraiment ? On sent que le ministre et le premier ministre apprécient la flexibilité que cette urgence sanitaire apporte au système de santé. Il leur faudra être prudents, car nous vivons dans une démocratie. Bien que des lois puissent parfois sembler contraignantes, elles ont aussi leur raison d’être, acquise bien souvent après des luttes épiques.

Le ministre parle de sentiment de fierté envers notre système de santé. Mais un système de santé est plus qu’une campagne de vaccination en temps de pandémie, bien que cela en soit un élément très important. Le ministre a une bonne année devant lui pour apporter les changements qu’il souhaite. Le gouvernement est majoritaire et pourra procéder à des modifications législatives pour retirer les irritants dans la gestion du réseau. Il aura besoin de l’appui de tous les intervenants du réseau et aussi de celui de la population.

Cet été, il consultera. À l’automne, il prendra des décisions qui auront un impact non seulement sur la performance du réseau, mais surtout, je l’espère, sur la qualité de vie et de soins au Québec. On en a bien besoin. Mais ce n’est pas pour demain matin.

Cette semaine, on a appris qu’avant la pandémie, la liste d’attente pour des opérations comptait 125 000 noms. Présentement, on parle de 145 000 patients en attente et ce nombre augmentera encore pendant les prochains mois. Le gouvernement Legault a comme objectif de réduire la liste d’attente à 100 000 patients d’ici mars 2023. Le ministre compte stabiliser la liste d’ici la fin de 2021, la réduire en 2022 et la ramener au niveau prépandémie en 2023. Et ce n’est qu’un volet du réseau de la santé. Les urgences, la santé mentale, les soins palliatifs… Ça va prendre des bras et du monde en forme et heureux de travailler dans le réseau.

Le gouvernement ne devrait normalement plus gouverner à l’automne avec le bénéfice d’un décret d’urgence sanitaire. Mais je comprends l’urgence de prendre les bonnes décisions. Il y va de notre santé à tous et de la vie de beaucoup de nos concitoyens.

Le ministre devra faire sa réforme avec les outils démocratiques habituels : consultations, projet de loi, débats, commission parlementaire et vote à l’Assemblée nationale. Le peuple se prononcera le 3 octobre 2022. Je souhaite que l’histoire puisse dire un jour, à propos de notre actuel ministre de la Santé, qu’après les années Castonguay, la santé au Québec rime maintenant avec Dubé. Santé !