*Aux membres de la famille de Joyce Echaquan, je tiens à souligner tout le courage dont vous avez fait preuve tout au long des audiences. Je souhaite de tout cœur que celles-ci vous permettent de cheminer dans votre processus de guérison.

*Au personnel du réseau de la santé qui lira ce texte, sachez que je reconnais tout le travail que vous effectuez et que je suis consciente que vous portez au bout de vos bras un système qui est brisé depuis trop longtemps.

Les audiences entourant la mort de Joyce Echaquan étaient attendues. Ce qui se savait depuis des années, qui était transmis d’une génération à l’autre, couché sur papier dans de nombreux rapports de commissions diverses, n’avait de toute évidence, jusqu’à ce jour, pas encore atteint les cœurs de la société québécoise… puis, il a suffi d’une vidéo prouvant ce qui a été tu trop souvent pour être enfin entendu. C’est réel. Ça existe. Ça se passe chez nous.

La vidéo de Mme Echaquan est bouleversante, choquante, cruelle. Elle a suscité une vague d’indignation, et avec raison ! Le soulèvement populaire qu’elle a généré a allégé certainement le cœur de bien des gens, dont le mien.

Ai-je été en colère à la suite du visionnement de la vidéo ? Vous n’avez pas idée. Encore une fois, j’ai composé avec le goût amer que ma vie, en tant qu’Aln8baskwa, en tant que citoyenne des Premières Nations, avait moins d’importance.

Comment penser autrement quand de tels propos sont rapportés : « Josiane Ulrich affirme avoir entendu des infirmières dire qu’elles étaient “tannées de l’entendre se plaindre” » en parlant de Joyce Echaquan et qu’« on paye pour ça » ou « c’est une Indienne, c’est pas grave ». » ?1

Comment est-ce possible que cette dame ait été traitée ainsi ? Comment se fait-il que des êtres humains traitent un autre être humain de la sorte ? Comment est-ce même imaginable de penser de tels propos ? Mais pourquoi ? J’ai eu tant de questions. Tant de rage à gérer. Puis, comme je le fais bien souvent, j’ai commencé à réfléchir. Commencé à penser à ce que je pouvais faire comme contribution afin d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise. Je voulais pouvoir aller au-delà de ma propre colère. La canaliser et ainsi éviter de tomber dans la généralisation, de perdre espoir, de ne me concentrer que sur le pire.

Alors, en toute humilité, je vous vous fait part de cet apprentissage qui m’a particulièrement accompagnée au courant des dernières semaines : j’étais enfant, âgée peut-être de 7 ou 8 ans. J’étais dans un lieu public avec ma famille et j’ai dit un commentaire désobligeant sur une autre personne.

Mon grand-père m’a alors dit ceci : « Quelle certitude as-tu que tu ne seras jamais cette personne ? » La réponse était simple, je n’en avais aucune. Cette phrase m’habite.

Elle a guidé et continue de guider mon quotidien. J’invite ainsi chacun d’entre vous qui lirez ces lignes à réfléchir à la société dans laquelle vous désirez évoluer, pour vous ainsi que votre descendance. Quelle garantie avez-vous que vous ou un de vos proches parents ou amis ne se retrouvera pas dans une situation semblable ? Je présume alors que, peu importe l’état de santé, vous souhaiterez que les soins soient offerts avec respect et dignité ? Une fois les audiences terminées et le rapport de la coroner MGéhane Kamel déposé, le test ultime sera les changements qui en découleront – qui seront déterminants pour le futur des relations entre nous.

Serons-nous dans une situation de statu quo, stagnante, absente de progrès, à tabletter le rapport dans l’attente du prochain ? Ou la voie choisie sera plutôt celle où nous aurons appris, cheminerons ensemble, nous écouterons, nous respecterons, nous connaîtrons, nous aimerons. Je vous laisse manifester votre choix. Vous savez certainement déjà le mien.

Wliwni (se dit olé-oné), merci !

Wli nanawalmezi ! Prends bien soin de toi !

1. Lisez « Enquête du coroner sur la mort de Joyce Echaquan : Une agente de liaison ignorée »