L’absence d’engagement de notre gouvernement à l’égard de l’environnement est visible dans les centres de vaccination

Alexandre Klein
Alexandre Klein Unité de recherche sur l’histoire du nursing, École des sciences infirmières, Université d’Ottawa

La semaine dernière, j’ai finalement, moi aussi, eu la chance de me faire vacciner. Après avoir obtenu en ligne, en quelques minutes seulement, un rendez-vous dans un centre à deux pas de chez moi, j’ai pu expérimenter l’une des plus impeccables organisations qui soient. En moins de 10 minutes, je suis en effet passé de la vérification de mon heure de rendez-vous à la salle d’attente post-injection, et ce grâce à une armée de bénévoles et de professionnels de santé bienveillants, officiant tel un gracieux ballet dans un vaste gymnase organisé au millimètre près.

Une mécanique parfaitement huilée permettant de vacciner des centaines, peut-être même des milliers de bras par jour, et ce, pour ce seul site. Certainement la plus belle réussite de toute cette pandémie, qui, ne l’oublions pas, ne fut pas toujours gérée avec le plus de prévision et d’organisation. Du moins à un détail près.

Un élément majeur semble en effet avoir été oublié, négligé, dans cette campagne de pointe : la question écologique. À l’entrée du bâtiment où l’on m’a invité à troquer mon couvre-visage réutilisable pour un masque médical, comme à sa sortie, où j’étais invité à délaisser ce même masque pour poursuivre ma journée, seules de grosses poubelles grises, équipées de solides sacs à ordures, m’étaient offertes. Je n’ai pas croisé ces boîtes de carton que l’on retrouve pourtant aujourd’hui régulièrement, des petits commerces aux grands centres commerciaux en passant par les universités ou même à la Grande Bibliothèque, et qui permettent de ramasser ces artefacts particulièrement polluants pour les recycler, sous forme de granulés de polypropylène réutilisables dans différentes industries.

Et il semble bien qu’aucun centre de vaccination n’en offre.

Ce sont ainsi sept millions de masques médicaux (un pour chaque adulte possiblement vacciné de la province, sans compter ceux des bénévoles et professionnels de la santé) qui vont se retrouver incinérés ou plus certainement enfouis, voire perdus dans nos égouts puis nos cours d’eau.

Une goutte d’eau par rapport aux 85 millions de masques générés par les écoles québécoises au cours de cette seule année scolaire (Le Devoir, 19 février 2021), mais une goutte d’eau révélatrice : même à son mieux, dans ce qui restera certainement comme le plus grand évènement de sa mandature, le gouvernement Legault n’a pas pensé une seconde à son impact environnemental, à la pollution engendrée et aux possibilités de recyclage.

En mars dernier, l’entreprise Go Zero, qui offre à Magog une solution complète de recyclage des masques jetables au Québec, s’étonnait déjà du peu d’engouement du gouvernement pour cette question pourtant cruciale (La Presse, 29 mars 2021). La question mérite d’être à nouveau posée quand on voit que des solutions existent au Québec, mais qu’elles ne sont pas mobilisées. Si mon coiffeur est capable d’offrir une solution de recyclage des masques médicaux dont il impose l’usage, pourquoi le gouvernement ne le peut-il pas, alors même qu’il est le premier à mettre de l’avant l’innovation des entreprises de la province ? Peut-être parce qu’il ne le veut tout simplement pas. Cette absence d’offre de recyclage des masques dans les centres de vaccination est, je crois, simplement révélatrice de l’intérêt que porte le gouvernement actuel aux questions environnementales : un intérêt toujours secondaire, qui équivaut apparemment à un engagement ministériel à temps partiel depuis que Benoit Charette a été propulsé, en plus de son premier mandat, en charge de la lutte contre le racisme (non systémique).

Un lien étroit entre la santé et l’environnement

Pourtant, la question n’est pas anodine, elle n’est pas partisane. On sait aujourd’hui que les problèmes environnementaux, depuis les changements climatiques, jusqu’à la perte de la biodiversité en passant par les pollutions multiples qui touchent nos territoires, sont devenus l’un des principaux enjeux de santé publique. La santé des individus et celle des environnements sont étroitement liées et ne peuvent plus être envisagées de manière séparée. C’est ce que défendent d’ailleurs les approches comme « Une seule santé » (One Health) ou « La santé planétaire » (Planetary Health) qui nous rappellent, chacune à leur manière, que la lutte contre les maladies, notamment infectieuses, passe aussi par la lutte contre la destruction de nos environnements. Le coronavirus contre lequel nous nous battons depuis plus d’un an maintenant en est d’ailleurs un des exemples les plus explicites, puisqu’il trouve son origine dans une transmission animal-homme permise par la déforestation et la destruction des habitats d’espèces porteuses.

À l’heure de l’Anthropocène, notre santé est plus que jamais liée à celle de nos environnements. Comment dès lors envisager sérieusement une sortie de crise sanitaire sans en envisager les coûts environnementaux ?

La présence de ces grosses poubelles grises, à l’entrée comme à la sortie de mon centre de vaccination, résume en fait assez bien tant l’impact de la pandémie sur les questions écologiques que la perspective du gouvernement actuel pour qui l’enfouissement des problèmes environnementaux comme des revendications écologistes fait office de norme et donc de solution. La pandémie, si elle a permis de réduire un temps les émissions de gaz à effet de serre, a en effet accentué le problème des plastiques à usage unique.

Les requêtes pour faire interdire, à Montréal au moins, la distribution sauvage des Publisacs ont ainsi été renvoyées aux calendes grecques tandis que la consommation de sacs, de masques et de gants à usage unique explosait. Et dans le cas des centres de vaccination, comme des écoles, le gouvernement de la CAQ a préféré faire l’autruche, ou, comme à son habitude, renvoyer la balle, ici à Recyc-Québec. Pourtant, il y avait là matière à affirmation d’un leadership tant en matière écologique qu’en matière économique (ce qui est normalement davantage du goût de ce gouvernement). Un simple geste qui aurait manifesté un intérêt, un souci, une compréhension réelle des enjeux très sérieux qui sont aujourd’hui les nôtres. Et qui plus est un simple geste qui aurait pu permettre de valoriser des entreprises québécoises. Mais une fois encore, l’absence d’engagement concret révèle l’absence évidente d’ambition de ce gouvernement en matière écologique. Pour qui ne l’aurait pas encore compris, à nouveau, les masques tombent.