On rapportait récemment dans les médias une décision prise par le ministre de l’Éducation nationale française de proscrire certains mécanismes d’écriture inclusive dans l’enseignement.

Anik Pelletier
Anik Pelletier Vice-présidente, Langage de marque, Bleublancrouge

Les spécialistes de la langue comme moi savent que le débat autour de l’écriture inclusive existe depuis un bon moment.

Ainsi en 1984, l’écrivaine Benoîte Groult réagissait au commentaire d’une auditrice d’une émission de radio, qui trouvait que le débat sur l’écriture inclusive n’avait aucune importance, par un coup de gueule que nos cousines et cousins français affectionnent tant : « Les mots servent à forger une identité. Je crois qu’on peut être mal dans ses mots comme on peut être mal dans sa peau. »

Prenons quelques instants afin de bien contextualiser les enjeux liés à ce débat.

Qui ne se souvient pas des enseignantes au primaire (la plupart étaient des femmes) qui nous répétaient inlassablement que le « masculin l’emportait sur le féminin » ? Peu de gens savent, cependant, que cette règle n’existe que depuis le XVIIIe siècle.

Auparavant, la langue française était plus égalitaire. Bref, la place qu’on faisait aux femmes était celle dont on discute en ce moment.

Le français n’est pas la seule langue genrée. Par contre, certaines langues utilisent une forme neutre. Ainsi en Finlande, il n’y a pas de genre et le pronom de la troisième personne « hän » signifie « il » et « elle » à la fois. Je serais d’ailleurs curieuse de savoir s’il existe dans ce pays une corrélation entre l’égalité homme/femme et la neutralité de la langue.

Mais revenons à la décision du ministre français. Comme l’expliquait la linguiste Laélia Veron, M. Blanquer est hostile à l’utilisation du point médian et recommande plutôt la double flexion (« le candidat ou la candidate ») ou la féminisation des titres… comme on le fait au Québec depuis belle lurette.

Le ministre justifie l’interdiction de l’utilisation du point médian par le fait que sa lecture pose des difficultés, notamment pour les enfants et les gens dyslexiques. Selon certaines sources que j’ai consultées, il n’existerait en fait aucune étude sérieuse sur le sujet.

L’écriture inclusive, surtout lorsqu’on utilise des formules épicènes (qui n’indiquent pas le genre, comme personnes, gens, tout le monde, collectivité, population, clientèle, etc.), est tout aussi simple que l’utilisation du masculin par défaut.

Les points médians ne sont qu’une des nombreuses solutions pour rendre l’écriture inclusive.

À titre de langagière depuis plus de trente ans, j’ai été aux premières loges de l’évolution de notre langue. Au Québec, nous avons été parmi les premiers à franciser des termes informatiques. Au lieu de dire « e-mail », par exemple, nous utilisons couramment le mot courriel. Nous avons adopté la féminisation des titres, comme « madame la directrice » plutôt que « madame le directeur » bien avant nos cousines et cousins français.

La langue française est bien vivante. Elle évolue en fonction du contexte culturel, mais aussi des nécessités du moment. Par conséquent, l’adoption de l’écriture inclusive est une occasion unique de reconnaître la diversité et de mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

De toute façon, une langagière, un ministre ou une chroniqueuse auraient beau prescrire, interdire ou condamner, c’est avec l’usage que tout se décidera.