Le Service de police de la Ville de Montréal communique qu’il exerce la fonction de « s’investir pour le citoyen ». En fait, ce service, et la police de façon générale, a aussi d’autres intentions implicites qu’elle ne dévoile pas à elle-même.

Fabrice Vil
Fabrice Vil Avocat et entrepreneur social ; fondateur de Pour 3 Points

La police me fait penser à un poisson. La connaissez-vous, cette métaphore du poisson dans l’eau ? Le poisson ne sait pas qu’il est mouillé – et ne sait même pas ce qu’est l’humidité – parce qu’il ne sait pas qu’il est dans l’eau. Inutile de demander au poisson d’évaluer la qualité de l’eau. On ne peut pas poser un regard sur ce qui est hors du champ de notre conscience. C’est un peu comme… un coup d’épée dans l’eau…

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Le SPVM semble volontairement ou involontairement souffrir d’aveuglement, écrit l’auteur.

Similairement, je suis d’avis qu’une institution qui ne voit pas avec acuité dans quelles limites s’inscrivent ses fonctions n’est pas apte à poser un regard critique sur l’exercice même de ces fonctions. Dit autrement, le tireur utilise son fusil sans même voir sa cible.

C’est à mon sens ce qui se produit avec le SPVM, qui à bien des égards, semble volontairement ou involontairement souffrir d’aveuglement. Je m’explique.

Le 10 mai dernier, dans le cadre de la Semaine de la police, le SPVM a diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo illustrant ses activités. L’intention annoncée du SPVM ? « [Faire] connaître différentes facettes du travail policier et [nous] rappeler que [leurs] 6000 employés civils et policiers sont à nos côtés, à [notre] service ».

Cette intention nommée est noble, mais le contenu de la vidéo m’a fait sursauter parce que celle-ci présente des pratiques dont la pertinence, sur le plan humain, mérite d’être remise en question.

Tout au long des 2 minutes 38 secondes que dure cette vidéo, on voit une juxtaposition de scènes d’employés du SPVM, civils et policiers, en action. On les voit notamment dans des bureaux, des activités communautaires, éducatives et sportives, en entraînement et en entrevue.

Là où je perçois un enjeu, c’est qu’en regardant la multitude de séquences hétéroclites, j’ai éprouvé une grande difficulté à saisir quel était le message global de la vidéo, et à quels publics était destiné ce message. Comme lorsqu’on regarde un mauvais spectacle de variétés dont les morceaux s’arriment mal.

Je ne parlerais pas de cette vidéo s’il n’était que question de mauvaise exécution sur le plan communicationnel. Or, le problème me semble plus profond. En effet, plusieurs extraits de la vidéo laissent transparaître une vision de la fonction policière à laquelle je résiste : l’une des scènes exhibe un pistolet à impulsion électrique (communément appelé taser) en gros plan. D’autres, de nombreux policiers en rang à l’occasion de manifestations. Et que dire des scènes où sont mis en valeur des membres du Groupe tactique d’intervention, ces policiers aux allures de soldats de l’armée ?

Le tout, sans compter la musique de fond de la vidéo, qui s’apparente aux trames sonores qu’on entendrait dans des films comme Mission impossible ou James Bond.

> Voyez la vidéo du SPVM

Chacune de ces composantes ne signifie rien en soi. Cependant, arrimées ensemble, elles dévoilent sans contredit que le SPVM fait, entre autres, la promotion de la militarisation de la police. C’est là où se situe la contradiction entre l’intention explicite du SPVM de « s’investir pour le citoyen » et la façon dont ce corps policier démontre qu’il soutient cette fonction.

Comme si le SPVM n’était pas capable de se rendre compte que par sa démonstration, il communique des actions pouvant signifier le contraire de son intention.

L’exemple du taser en gros plan est en ce sens manifeste. Le message est clair : selon le SPVM, l’arme est un outil sine qua non au service au citoyen. La normalisation de cette idée est telle qu’elle est véhiculée dans un outil de communication qui devrait viser à se rapprocher des citoyens. J’y vois là, indépendamment des opinions sur les questions du définancement et du désarmement de la police, une ignorance de la réalité des relations entre police et citoyens en 2021. Pour bon nombre de Montréalais et de Montréalaises, particulièrement dans un contexte où l’actualité regorge de situations démontrant des violences dont la police est la source, la fonction de répression de la police est une construction dont la légitimité mérite d’être relativisée.

Le SPVM, dans ses communications, se fait aveugle à cette réalité. Car il justifie son existence même en mettant d’autant plus en valeur ses pratiques qui peuvent générer de la méfiance. Le SPVM est-il capable d’inspirer la même confiance que des policiers comme Fady Dagher, chef du Service de police de Longueuil, qui démontre une proactivité et une cohérence à agir au service des citoyens ? J’entretiens de sérieux doutes.

Quoi qu’il en soit, je considère qu’il appartient à nous, citoyens et citoyennes, de refuser que la militarisation de la police soit normalisée. Cette militarisation n’est pas à notre service.