En 1968, Coretta Scott King organisait une marche lors de la fête des Mères pour sensibiliser la population à la cause des femmes et des enfants défavorisés. À l’approche de cette journée consacrée aux mères, faut-il rappeler l’énorme difficulté pour les femmes à faible revenu, et en particulier les cheffes de familles monoparentales, d’accéder à un logement abordable et sécuritaire ?

Neila Ben Ayed
Neila Ben Ayed Directrice des services aux femmes de la Mission Old Brewery au pavillon Patricia Mackenzie

Les femmes sont particulièrement touchées par la pénurie de logements, davantage si elles sont pauvres, immigrantes, aînées, en situation de handicap ou autochtones. Ainsi, je ne doute pas qu’à l’approche de la fermeture des ressources d’hébergement d’urgence temporaires, nous verrons de plus en plus de femmes frapper à la porte des services aux femmes de la Mission Old Brewery, ou encore, s’installer dans des camps de fortune.

Chaque année, nous accueillons près de 600 femmes différentes. Malgré la pluralité de leurs origines et de leurs histoires, elles ont toutes une chose en commun : elles sont sans réseau de soutien et ont un besoin urgent d’être hébergées. La crise sanitaire n’a fait qu’empirer leur situation.

Voici un infime aperçu du parcours des femmes qui se tournent vers nous pour obtenir de l’aide :

À peine arrivée au Québec, Fatima a travaillé dans une usine où elle a contracté la COVID-19. Elle a dû se confiner. Victime de violence conjugale, elle est emmenée par la police chez nous, au pavillon Patricia Mackenzie. Elle parle peu le français et n’a aucune autre ressource.

Marie, 60 ans, vient de subir une chimiothérapie. Pendant son séjour à l’hôpital, n’ayant plus aucun repère, elle n’a pas payé son loyer et le propriétaire voulait entreprendre des travaux majeurs. Elle vient de perdre son appartement et n’a personne pour la soutenir. Elle se retrouve à la rue, puis au pavillon Patricia Mackenzie.

Des femmes comme Marie et Fatima, nous en accueillons tous les jours. Selon la SCHL, le prix médian d’un studio à Montréal est de 702 $ par mois. Avec une prestation d’aide sociale, il ne leur reste donc pas plus d’une trentaine de dollars pour se nourrir, acheter des produits de base et payer l’électricité.

Le gouvernement québécois a annoncé 223 millions de dollars pour prévenir la violence envers les femmes. Mais il faut en faire plus pour permettre aux femmes les plus vulnérables d’échapper au cycle de la pauvreté, de la violence et de l’itinérance.

Des solutions de logement adaptées et un revenu suffisant (les femmes gagnent en moyenne 16 % de moins que les hommes) doivent être un droit fondamental.

Un appel à la solidarité

Les injustices systémiques n’épargnent pas les femmes. Sans porte de sortie, les femmes qui fréquentent les refuges vont demeurer dans le cycle infernal de l’itinérance. En tant que collectivité, nous avons le devoir moral de mettre fin à ce cycle.

Même s’il constate que ces services essentiels fonctionnent bien au-delà de leur capacité, le gouvernement continue de sous-financer les ressources d’urgence pour les femmes en situation d’itinérance. Au pavillon Patricia Mackenzie, par exemple, nous recevons environ 13 $ par lit par nuitée alors qu’il en faudrait 7 fois plus pour bien répondre aux besoins des femmes qui font appel à nous.

Les solutions existent, comme les programmes axés sur le relogement rapide. Les six derniers mois, nous avons réussi à trouver un appartement pour 60 femmes sans-abri, malgré la crise du logement et le contexte pandémique que nous traversons.

Avec l’appui de la communauté et des gouvernements, nous pouvons changer le cours des choses, car non, l’itinérance des femmes n’est pas une fatalité.