À la veille du dépôt imminent du rapport de la commission Laurent et dans le contexte extrêmement préoccupant de l’augmentation actuelle des cas de violence conjugale rapportés, il importe plus que jamais de réitérer l’importance d’agir tôt en appuyant nos actions sur les meilleures recherches disponibles tout en finançant d’autres recherches pour améliorer les connaissances et les pratiques.

Publié le 2 mai 2021
Isabelle Vinet et Sylvana Côté Respectivement directrice exécutive de l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants et professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, et deux autres signataires*

En effet, les 10 récents féminicides au Québec ont fait plus de 20 orphelins, mais qu’en est-il de tous les autres enfants qui sont exposés à cette violence et qui en sont les victimes collatérales, même si elle ne se rend pas jusqu’à la mort d’un parent ?

Il est particulièrement important de situer le problème de la violence conjugale dans le contexte de l’éducation des enfants et donc de la reproduction intergénérationnelle des problèmes de violence.

Récemment, l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants a publié un dossier spécial rappelant que l’exposition des enfants à la violence conjugale est une forme de maltraitance qui engendre un risque accru de développer des problèmes de santé mentale.

Au Canada, un peu plus du tiers des cas de maltraitance d'enfants sont liés à l’exposition à la violence conjugale.

Ce constat soulève inévitablement la question : « Que pouvons-nous faire pour prévenir toute forme de violence et pour éviter que les enfants qui la subissent ne reproduisent ces comportements plus tard ? » Depuis près de 40 ans, des chercheurs québécois étudient le développement des comportements violents de la petite enfance à l’âge adulte et mesurent l’efficacité des interventions préventives.

Ces études avec plusieurs milliers de familles ont permis : a) de tracer les trajectoires de développement des comportements agressifs des garçons et des filles ; b) de cerner les facteurs qui expliquent ces trajectoires ; c) de mesurer les conséquences à long terme de ces trajectoires ; d) d’expérimenter des interventions préventives.

Plusieurs résultats de ces recherches aident à comprendre les origines de la violence conjugale et devraient guider les efforts de prévention.

En ce qui concerne les origines de la violence, les recherches ont montré que :

– les enfants qui ont le plus de difficultés à apprendre à utiliser des solutions de rechange acceptables à l’agression ont des parents qui ont eu et continuent d’avoir des problèmes de contrôle de soi. Il y a donc une transmission intergénérationnelle des comportements violents ;

– la fréquence des agressions physiques entre humains est à son maximum entre l’âge de 2 et 3 ans ;

– les garçons utilisent l’agression physique plus souvent que les filles dès la petite enfance et jusqu’à l’âge adulte ;

– les filles utilisent plus souvent des agressions indirectes (exemple : dire aux autres enfants du mal d’un enfant qu’on n’aime pas) ;

– l’apprentissage de l’utilisation de solutions de rechange à l’agression se fait progressivement au cours de la petite enfance et de l’enfance.

Les origines de la violence listées ci-dessus ainsi que la transmission intergénérationnelle des comportements violents soulignent l’importance de la prévention, dès le plus jeune âge.

Des pistes

Les recherches indiquent les pistes suivantes pour les interventions préventives :

– les jeunes adultes qui ont des problèmes de contrôle d'eux-mêmes ont tendance à choisir des partenaires qui ont des problèmes semblables ;

– il est important de mettre en place des stratégies nous permettant de dépister et aider les couples qui ont des problèmes de contrôle d'eux-mêmes au début de la première grossesse ;

– l’aide que l’on donne à ces couples devrait inclure l’utilisation d’un centre de la petite enfance de haute qualité éducative pour leurs enfants et le soutien des parents par l’apprentissage des habiletés parentales au cours de visites à domicile et la participation à des groupes de parents dirigés par des professionnels.

Briser le cycle de la violence passe inévitablement par le fait de faire de la protection des enfants et de la prévention des priorités absolues.

* Cosignataires : Richard E. Tremblay, professeur émérite de pédiatrie et de psychologie et directeur scientifique de l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, Université de Montréal ; Michel Boivin, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval et directeur scientifique de l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, Chaire de recherche du Canada en développement de l’enfant

Consultez le site de l’Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants

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