Frénésie, surchauffe, boom, les qualificatifs ne suffisent plus pour caractériser l’état actuel du marché immobilier. Sachant qu’au Québec, la valeur moyenne des propriétés a connu une hausse de 20 % dans la dernière année, il n’est pas rare de voir certains acheteurs jouer à un jeu fort dangereux lors de l’achat du bien le plus important de leur vie.

Pascal Parent Pascal Parent
Président de l’Association des inspecteurs en bâtiments du Québec

Auparavant, les ventes de maisons en surenchère suscitaient l’étonnement et la curiosité. Tous se questionnaient sur les raisons de cet intérêt envers la propriété et, surtout, sur les motifs des acheteurs. Bref, cette situation était, en soi, une nouvelle. Depuis les derniers mois, cette situation n’étonne plus tellement elle est fréquente. La question est plutôt maintenant : à combien de milliers de dollars de plus cette propriété sera-t-elle vendue ? Récemment, un pas inquiétant a encore été franchi.

En effet, voyant que plusieurs acheteurs potentiels tentaient de se démarquer en offrant davantage que le prix demandé, certaines personnes ont même commencé à retirer des conditions à la vente, notamment le financement, la garantie légale et l’inspection préachat. Certains courtiers immobiliers tentent tant bien que mal de protéger leurs clients, mais la tentation semble trop forte en raison du peu de propriétés sur le marché.

C’est ce qui préoccupe notre association qui a pour mission de protéger le public. Voyant le comportement de certaines personnes qui semblent préférer vendre rapidement au plus offrant et avec le moins de contraintes possible, l’acheteur risque de se retrouver dans une situation coûteuse, problématique et très anxiogène. Le prix d’achat de la propriété n’a aucun impact sur la rémunération des inspecteurs en bâtiments. Que la propriété se vende 500 000 $ ou 950 000 $, les honoraires des inspecteurs en bâtiments demeurent les mêmes.

Le rôle de l’inspecteur en bâtiments est d’accompagner le client afin qu’il prenne une décision éclairée quant à l’achat de sa propriété, il est un allié de l’acheteur.

Acheter à l’aveugle, sans inspection, signifie que le client renonce à certains droits fondamentaux en cas de vice caché ou de complications à la suite de l’achat. C’est littéralement jouer à la roulette russe avec ses économies personnelles.

Personne ne sortira gagnant de cette situation. Ces nouvelles conditions dictées par le marché doivent cesser et le gros bon sens doit primer. Il est de notre devoir de protéger les acheteurs et de redonner confiance au marché.

À cet effet, nous saluons les récents efforts de la Régie du bâtiment du Québec et du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation qui poursuivent les démarches afin d’encadrer davantage la profession d’inspecteur en bâtiments. De grandes avancées ont notamment été faite sur le plan de la reconnaissance et de la formation et nous leur offrons notre entière collaboration pour la suite des choses.

L’AIBQ et ses 400 membres certifiés, qui se déploient sur tout le territoire du Québec, peuvent et veulent être au service des acheteurs de propriétés. De nouvelles cohortes d’inspecteurs sortiront des collèges et viendront bonifier l’offre de service, mais notons qu’il y a suffisamment d’inspecteurs pour répondre à la demande actuelle et à toute éventuelle demande croissante.

Espérons que l’engouement créé artificiellement que nous connaissons pour certaines propriétés résidentielles nous amènera à réfléchir sur l’avenir du marché immobilier et à placer l’acheteur au cœur de nos préoccupations.

Bien sûr, il faut miser sur l’éducation et la responsabilisation des Québécois, mais il faut surtout convaincre tous les acteurs engagés dans les transactions immobilières de prioriser la protection du public et de contribuer à la mise en œuvre de mesures concrètes pour minimiser les impacts négatifs de cette surchauffe.

Au-delà du prix de vente, il y a des familles qui se fient à des professionnels pour prendre la meilleure décision. Ne les décevons-pas…

Et répétons-le au bénéfice de tous : sans inspection, c’est non !