Hier, j’ai lu une lettre d’une citoyenne qui partage sa vie avec un policier et qui exprimait sa déception face au vent de négativité qui sévit depuis un certain temps à propos de ce métier. Voilà plus de 20 ans que je côtoie des policiers et policières au quotidien, tant professionnellement que personnellement. Je peux assurément vous affirmer que je fais pleinement partie de ce milieu exceptionnel, parfois surprenant, parfois intrigant.

Isabelle Shamlian
Intervenante sociale et greffée du foie

Ma formation porte également sur les enjeux touchant cet environnement ainsi que ceux liés à la diversité. J’ai passé de nombreuses heures sur le terrain avec eux pour mieux observer et comprendre leur travail. Je suis une femme, issue d’une famille mixte québécoise et arménienne, spécialisée en intervention sociale en milieu policier et en gestion de la diversité. Aujourd’hui, je travaille en diversité et inclusion au sein de la Ville de Montréal. Mes collègues m’ont toujours acceptée sans hésitation et avec le plus grand respect, curieux même d’en connaître davantage sur la culture arménienne. Je crois donc être légitimée de faire partager mon point de vue à mes concitoyens.

Depuis les dernières semaines, je constate avec désarroi la multiplicité de commentaires toxiques, de blâme excessif et carrément ignorants sur les réseaux sociaux, entre autres face à ces hommes et femmes qui se vouent corps et âme, au quotidien, pour assurer la protection de nos biens et notre intégrité physique.

Les histoires qui me sont racontées par mes pairs me font parfois frissonner et me font réellement apprécier la résilience, le professionnalisme et l’introspection continuelle dont ils font preuve.

Au cours de ma carrière civile au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), j’ai constaté les centaines d’actes dignes des plus hauts éloges, tels que sauver des personnes des eaux glacées du fleuve Saint-Laurent ou les sortir de véhicules en feu. Certains policiers vivent des situations qu’aucun humain ne devrait connaître, en temps normal, telle une intervention lors d’un drame familial impliquant des enfants ou des décès. Certaines circonstances dont j’ai pris connaissance où des policiers sont intervenus me laissent, encore aujourd’hui, sans mots. Je me demande si tout l’entraînement ou les meilleures formations peuvent réellement atténuer les impacts sur la santé mentale de ces hommes et femmes. Ce qui me laisse encore plus perplexe est que malgré ces scènes difficiles à encaisser, ces interventions s’ensuivent fréquemment d’actes altruistes, tels que de visiter la victime à l’hôpital pour s’enquérir de sa santé ou apporter de la nourriture à quelqu’un dans le besoin, et ce, de façon bénévole.

Lorsque arrive le temps de souligner le surpassement de ces policiers, la reconnaissance est reçue avec grande humilité.

Gestes bénévoles

Aussi, je ne peux passer sous silence les actions bénévoles que font ces policiers, au-delà de leurs heures de travail. Chaque année, des dizaines de policiers distribuent de la nourriture et des cadeaux de Noël aux personnes en situation de précarité par l’entremise de Jeunesse au Soleil. D’autres siègent, sur leur temps libre, à des comités d’administration de centres d’aide aux personnes victimes d’abus. Un autre exemple qui me vient à l’esprit est leur contribution pour sauver des centaines de vies, non seulement lors d’interventions, mais aussi en transportant, de façon volontaire et non rémunérée, les dons d’organes ainsi que les équipes de transplantation d’un centre hospitalier à l’autre. Il s’agit de centaines de policiers actifs qui sont membres de l’Association canadienne des dons d’organes (ACDO).

J’ai d’ailleurs bénéficié de cet altruisme lors du transport de l’organe qui allait me sauver la vie, il y a deux ans et demi, par mon ami et ancien collègue, l’agent retraité Ronald Harrison.

Au cours de mes 22 mois d’attente, pendant la greffe et durant ma convalescence jusqu’à présent, leur soutien a été indéfectible et constant.

Quel est le message que je veux tant passer aujourd’hui ? La grande majorité des policiers sont les êtres les plus humains et respectueux que j’ai eu le privilège de compter dans mon entourage. Sont-ils tous parfaits ? Bien sûr que non, personne ne l’est. Méritent-ils tous une décoration ? Pas tous, mais beaucoup d’entre eux. Par contre, une chose est certaine, ils méritent que nous prenions quelques instants pour nous mettre dans leur peau et que nous réfléchissions aux moyens que nous pouvons tous prendre afin de mieux comprendre leur réalité et, surtout, de les respecter en tant qu’humains.

Beaucoup d’information circule actuellement, surtout sur les réseaux sociaux, et il devient trop facile de perdre la clarté et la justesse de ce qui s’y trouve. Nous vivons actuellement tous une période particulièrement difficile et, parfois, cela fait en sorte que la ligne entre notre perception et la réalité devient floue. C’est à ce moment qu’il importe de rester vigilant dans notre attitude et nos paroles, surtout derrière nos écrans, puisqu’elles risquent de faire plus de tort que de bien. Les policiers vouent leur carrière à nous servir et nous protéger. C’est un contrat social qui se poursuit depuis des siècles et dont les modalités ont été révisées plusieurs fois afin de les adapter aux besoins d’une société en évolution.

Si nous ne pouvions plus compter sur ces gens pour nous protéger, ne risquerions-nous pas de nous retrouver face au chaos social où chacun s’arrange comme il le peut ?