Il faut plus que de l’information pour convaincre une personne de se faire vacciner : elle doit savoir, vouloir et pouvoir

RAYMOND LALANDE RAYMOND LALANDE
Professeur titulaire retraité, faculté de médecine, département de médecine de famille et de médecine d'urgence

Pourquoi des gens sensés refusent-ils la vaccination ? Rima Elkoury s’intéresse à cette question dans sa chronique du 10 avril dernier*. Elle rapporte les travaux du DArnaud Gagneur, qui se penche sur le sujet depuis qu’il a été témoin d’un évènement mortel impliquant un bébé non vacciné mort d’une méningite à pneumocoque.

L’intérêt est d’actualité, car on peut se poser la même question dans le cadre plus large de la campagne de vaccination en cours contre la COVID-19. Comment se fait-il que des gens aient, encore en 2021, des résistances face à ce que la science considère comme une évidence : les vaccins sont efficaces et les avantages de la vaccination sont largement supérieurs à ses inconvénients ?

La question est complexe et ne peut souffrir de raccourcis, mais on sait depuis longtemps que l’information seule n’est pas suffisante pour convaincre des gens à adopter une mesure sanitaire, qu’il s’agisse de la vaccination, du port du masque, de la distanciation ou encore de la prise d'un médicament ou du changement de ses habitudes de vie.

Combien de fumeurs savent que le tabac est dangereux pour la santé et continuent malgré tout à fumer !

Entrent en jeu nombre de variables qui sont liées à la perspective propre de la personne : ses croyances, ses valeurs, ses expériences antérieures. Il existe des stratégies qu’on peut mettre en œuvre pour rendre cette information pertinente, convaincante, adaptée à des clientèles ciblées, comme les jeunes par exemple, mais, encore là, nombre d’études prouvent que ce n’est pas suffisant. Deux autres facteurs entrent en ligne de compte et sont souvent négligés : la motivation de la personne et l’applicabilité de la mesure préconisée.

L'influence des pairs

On sait maintenant que l’influence des pairs joue un rôle fondamental dans l’adoption d’une mesure. Plus la personne est entourée de gens vaccinés qui lui sont proches, plus elle est susceptible de se faire vacciner par un effet de désir de conformité au groupe. À l’inverse, plus la personne est entourée de gens qui alimentent sa croyance ou ses convictions, plus elle développera des résistances. D’où l’importance de stratégies visant spécifiquement l’entourage des personnes.

D’autres facteurs agissent également sur la motivation. La perception qu’a l’individu de sa propre susceptibilité et de sa vulnérabilité face à la maladie, de sa capacité à y faire face, sans oublier les autres priorités avec lesquelles il faut composer et qui sont parfois plus importantes pour la personne que d’adhérer à une mesure sanitaire. Comme intervenant, il faut s’ajuster et s’adapter.

Un dernier facteur est l’applicabilité de la mesure. Dans le cas qui nous concerne, on peut résumer par la question : est-ce que la vaccination est disponible et facilement accessible ?

Nous le voyons depuis quelques jours : réduire les barrières et rendre le vaccin disponible sans rendez-vous, en pharmacie, dans les cliniques (ce qui n’est pas le cas actuellement), voire au domicile de la personne, facilitera l’adhésion du plus grand nombre.

En somme, pour comprendre la résistance à la vaccination, il faut se poser trois questions : est-ce que la personne sait ? (ce qui est l’information) ; est-ce que la personne veut ? (ce qui est la motivation) ; et est-ce que la personne peut ? (ce qui est l’applicabilité de la mesure). Trois questions qu’on peut simplifier par le sigle SVP.

Lisez « Le chuchoteur de vaccins »