Élise Boyer Élise Boyer
Directrice générale, Fondation Olo

La semaine dernière, un débat singulier s’est créé autour d’une hypothèse inattendue : placer les initiatives en prévention sous la même direction que la protection de la jeunesse. À ce titre, on a notamment nommé le « programme » Olo. Le débat est structurel, mais il a déjà des effets collatéraux préoccupants.

En tout premier lieu, la Fondation Olo craint l’impact de ce choix — et des sorties ayant suivi — sur les familles. L’approche Olo n’a jamais été et ne sera jamais une porte d’entrée pour la DPJ. Le sous-entendre est dangereux.

Des chercheurs ont même évoqué dans La Presse le spectre d’un « profilage social » des familles. Cette idée insensée illustre bien les dangers de l’amalgame et les échos néfastes que le débat déclenche.

Avec la pandémie, les familles sont plus isolées et plusieurs parents hésitent à demander un répit, un coup de pouce, à chercher de l’écoute ou un service au sein de leur CLSC. Bâtir la confiance est plus nécessaire que jamais. Rassurons-nous les parents en créant la perception que le suivi Olo et les programmes pour la jeunesse offerts en CLSC sont liés à la protection de la jeunesse ?

Certains éléments sont plus rassurants. Nous avons bien noté les mots « développement » et « bien-être » dans le nom de la nouvelle direction chargée de la protection de la jeunesse. Nous sommes aussi convaincus que les décideurs demeurent de fervents défenseurs de la prévention et des services de proximité.

Un partenariat unique

Par ailleurs, peut-on réduire « Olo » à une case déplaçable dans un organigramme ? L’image fait sourire. D’abord, Olo n’est pas un programme gouvernemental. Pour le plus grand bénéfice des tout-petits, un partenariat unique et fort unit la Fondation Olo et le réseau de la santé depuis maintenant 30 ans. Cela a permis d’aider plus de 250 000 bébés à naître en meilleure santé.

L’action d’Olo et son impact sont le résultat de multiples forces : la mobilisation historique des équipes de périnatalité, l’adhésion constante des professionnels sur le terrain, la convergence avec les objectifs portés dans plusieurs politiques québécoises (santé publique, périnatalité, prévention en santé, réduction des inégalités, et plus), une efficacité prouvée, du financement tant privé que public (mi-provincial, mi-fédéral), le leadership d’une fondation, la confiance de grands donateurs et de toute une communauté qui l’appuie dans sa mission.

L’univers d’Olo est multidimensionnel

Bien sûr, nous faisons partie du filet social ou de ce que Régine Laurent appelle le cercle de bienveillance. Mais notre fondement repose sur l’importance cruciale des 1000 premiers jours de vie dans le développement de l’enfant durant lesquels il est impératif de répondre à ses besoins nutritionnels et de lui permettre, en outre, d’acquérir tôt dans la vie de saines habitudes alimentaires qui lui apporteront la santé et la possibilité de développer son plein potentiel.

Or, les familles composant avec une précarité économique rencontrent des barrières importantes parmi lesquelles se trouvent le prix des aliments et la baisse de la transmission des habiletés culinaires, laquelle est la clé pour manger sainement à petit prix.

C’est ce à quoi la Fondation Olo répond concrètement. Partout au Québec, les intervenantes Olo rencontrent de futures mères et des pères qui veulent le mieux pour leur enfant et les accompagnent dans l’aventure déterminante de l’alimentation de leur bébé.

Les vraies priorités pour les tout-petits

La période actuelle est propice à des changements positifs pour les jeunes, ne le perdons pas de vue. Les compressions en prévention et dans les services de proximité sont derrière nous ; le DLionel Carmant a choisi de déployer l’emblématique Agir tôt ; la commission Laurent est crédible et écoutée et le récent réinvestissement dans Olo et SIPPE donne des résultats. Tout ça nous place sur une lancée.

Le débat qui nous distrait est un débat de structure ; ne lui donnons pas trop de place.

Une chose est certaine : la Fondation Olo continuera à travailler avec tous ses alliés : ceux de toujours, d’aujourd’hui et de demain. Ce qui compte est qu’elle puisse apporter un impact concret, comme elle le fait depuis 30 ans, auprès de milliers de femmes et de familles.

Collectivement, nourrissons la confiance davantage que la méfiance ; c’est la seule façon d’apporter la santé aux bébés.