Le président des États-Unis Joe Biden a voulu montrer sa volonté et sa capacité d’agir vite et de respecter ses engagements électoraux. Dans trois domaines cruciaux, ses politiques pourraient, à terme, avoir des conséquences regrettables.

Marcel Boyer Marcel Boyer
Professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et Fellow CIRANO

En décrétant un renforcement des Buy American Provisions, il demande que les programmes de dépenses et investissements fédéraux portent exclusivement sur des produits et services faits aux États-Unis par des travailleurs américains avec des composants produits aux États-Unis. À ce chapitre, l’ère Biden sera peut-être plus prévisible, mais elle s’annonce pire que celle des républicains de Donald Trump. Durs moments à venir pour l’Europe, l’Asie et le Canada, pour les Américains et pour l’avenir des échanges internationaux, le véritable creuset de la civilisation. C’est un recul majeur.

Sur la vaccination contre la COVID-19, Joe Biden a été encensé pour son engagement en faveur d’une vaccination de tous les Américains avant le 1er mai et un retour à la normale le 4 juillet. Ce qui est moins à l’affiche, c’est son interdiction sur la base du Defense Production Act d’exporter les vaccins produits ou finalisés aux États-Unis. À ce jour, les États-Unis ont produit 164 millions de doses de vaccin dont aucune n’a été exportée ; la Chine a produit 229 millions de doses dont 109 millions ont été exportées ; l’Inde a produit 125 millions de doses dont 55 millions ont été exportées. Cette politique America First à la Trump est contraire à un véritable engagement pour l’humanité.

En environnement, Joe Biden rejoint l’accord de Paris, un bon départ, mais il faudra plus pour aider le climat et l’environnement. À part les objectifs, engagements et mécanismes réglementaires flous et manipulables et les belles réunions à venir pour la galerie des politiciens, ONG environnementalistes et journalistes, les COP de Paris, Katowice et Madrid, c’est d’abord danser en rond et recommencer.

L’annulation par décret du projet de pipeline Keystone XL n’aura aucun (zéro) impact sur la consommation de combustibles fossiles et donc aucun impact sur les gaz à effet de serre (GES). C’est une mesure purement de façade et populiste. Ce qu’il fallait proposer pour montrer un engagement sérieux et courageux en faveur d’une réelle protection de l’environnement, c’est une taxe carbone conséquente.

Les meilleures études disponibles parlent de 375 $ la tonne en 2030, croissant annuellement afin d’assurer une gestion optimale du stock de GES. Le gouvernement du Canada a annoncé une taxe qui atteindra 170 $ la tonne en 2030, générant une levée de boucliers des gouvernements provinciaux. Plutôt que de se mettre à table pour trouver les moyens de passer à une taxe carbone efficace, qui est le véritable enjeu national, voire international, on préfère se quereller sur la couleur des fleurs du tapis. La réaction du premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, qui défend le pipeline Keystone XL, mais déchire sa chemise contre toute taxe carbone, est tout aussi regrettable, surtout pour les Albertains.

Ce qu’il nous faut, c’est à la fois la poursuite du projet de pipeline Keystone XL, la poursuite du projet d’un pipeline transcanadien ET l’imposition d’une taxe carbone à hauteur de 375 $ la tonne à l’horizon de 2030.

Les gouvernements devraient se mettre à l’écoute du consensus des économistes-scientifiques du climat : une taxe carbone constitue le levier le plus efficace pour réduire les émissions de carbone à l’échelle et à la vitesse nécessaires ; une taxe carbone en augmentation constante encouragera l’innovation technologique et accélérera le développement de biens et de services à faible émission de carbone ; une taxe carbone suffisamment robuste et en augmentation progressive remplacera le besoin de diverses réglementations (pet projects) sur les émissions, favorisera la croissance économique et les investissements dans les alternatives énergétiques propres ; un système d’ajustement carbone aux frontières améliorera la compétitivité des entreprises nationales et incitera d’autres pays à adopter une taxe carbone similaire ; pour assurer l’équité et la viabilité politique d’une taxe carbone, les revenus fiscaux générés devraient être retournés directement aux citoyens par le biais de remises forfaitaires.

Pour être convaincant et crédible, il faut du pouvoir et du flair politiques, mais surtout les bons arguments économiques.