Les auteurs s’adressent au premier ministre du Québec, François Legault

Michelle Courchesne et Claude Corbo
Respectivement ex-ministre et ex-recteur de l’Université du Québec à Montréal

Monsieur le premier ministre, le 16 décembre 2015, nous remettions à nos mandants, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Hélène David, et le maire de Montréal, Denis Coderre, un rapport sur l’avenir de la bibliothèque Saint-Sulpice.

Nous recommandions pour l’essentiel :

– que la Bibliothèque demeure une propriété publique et protégée par son classement comme bien patrimonial ;

– que cet immeuble patrimonial conserve une vocation éducative et culturelle ;

– que cet immeuble demeure accessible à la population ;

– que des espaces internes de l’immeuble, qui ne seraient pas utilisés pour sa nouvelle vocation, puissent être loués à des fins de financement de son fonctionnement ;

– que mandat soit donné à Bibliothèque et Archives nationales du Québec de déterminer la nouvelle vocation éducative et culturelle de l’immeuble.

Le 31 janvier 2016, la ministre de la Culture et des Communications et le maire annonçaient une nouvelle vocation pour l’immeuble sous l’égide de Bibliothèque et Archives nationales du Québec : une bibliothèque pour adolescentes et adolescents et des espaces pour des laboratoires de création informatique.

Depuis lors, nous avons attendu en vain que le projet se développe et que l’immeuble retrouve une utilisation. Hélas ! Cinq ans plus tard, l’immeuble demeure vide, inutilisé et en processus de mort progressif. En fait, il est vide, inutilisé et en processus de mort progressif depuis plus de 15 ans.

Pourtant, de multiples projets, de nature éducative ou culturelle, ont été mis de l’avant par divers intervenants. C’est donc que l’immeuble peut encore servir.

Un instant, nous avons eu un sursaut d’espoir en lisant cette manchette dans Le Devoir du 14 décembre 2020 : « Legault se fait rassurant sur le sort de la bibliothèque Saint-Sulpice. L’avenir du lieu, objet de craintes récentes, est pourtant assuré selon le premier ministre. » Nous saluons votre vision et nous voulons vous croire, monsieur le premier ministre ; mais force nous est de constater que l’appareil administratif de votre gouvernement ne vous suit pas. Cet appareil négligerait même d’assurer l’immeuble.

Si l’État n’est pas exemplaire en matière de protection et de réutilisation du patrimoine immobilier, comme le constatait le Vérificateur général du Québec en juin 2020, qui le sera ? Si l’État ne s’occupe pas de son propre patrimoine immobilier, qui le fera à sa place ?

En désespoir de cause (et tout en sachant combien la pandémie vous sollicite), nous nous adressons aujourd’hui à vous, en tant que chef de gouvernement. Ni les ministres successifs de la Culture ni Bibliothèque et Archives nationales du Québec n’ont réussi à redonner une vocation et une vie nouvelles à l’immeuble de la bibliothèque Saint-Sulpice. Vous êtes le dernier recours. Seule votre volonté politique sauvera cet immeuble chargé d’histoire et de contribution à l’identité et à la culture du Québec. Puissiez-vous préserver pour le Québec et ses futures générations un immeuble qui l’a si remarquablement servi depuis un siècle et qui témoigne si clairement de son identité culturelle.