Il y a un an, du jour au lendemain, plusieurs de nos usines se sont réinventées pour produire des respirateurs, des masques ou des blouses chirurgicales. Nos manufacturiers ont répondu à l’appel des gouvernements pour produire les biens essentiels à la protection de la population et des travailleurs de la santé.

Publié le 20 mars 2021
Véronique Proulx
Véronique Proulx Présidente et directrice générale, Manufacturiers et Exportateurs du Québec

Nous avons assisté à la plus grande mobilisation industrielle pour lutter contre une menace extérieure depuis la Seconde Guerre mondiale.

La pandémie a ainsi permis de mettre en lumière toute l’importance du secteur manufacturier, particulièrement en temps de crise. Elle a aussi permis de constater que c’est avant la crise qu’il faut prévenir et investir dans nos usines. En effet, notre manque de capacité pour produire les vaccins en est un exemple frappant. Dépendants de stratégies d’approvisionnement, le Canada et le Québec se sont retrouvés à mener une course contre d’autres pays. Comment expliquer que nous ayons pu nous retrouver dans cette position de dépendance en période de pandémie ?

Le secteur manufacturier doit être une priorité

Au cours des dernières années, la production et les exportations de produits manufacturés au Canada ont augmenté à un rythme beaucoup plus lent que dans d’autres pays développés. Ceci est en grande partie attribuable à une baisse constante de l’investissement manufacturier qui a commencé au début des années 2000.

Cette érosion de notre compétitivité industrielle a un impact direct sur la capacité de nos entreprises manufacturières à répondre à la crise actuelle ou encore à d’éventuelles crises.

La dernière année nous démontre clairement l’importance de ne pas attendre pour investir dans notre capacité manufacturière. Il le faut pour assurer notre autonomie dans certains secteurs, mais aussi pour demeurer compétitif face à ce qui se fait ailleurs dans le monde.

Tout le monde y gagne

Au Québec, le secteur manufacturier emploie près d’un demi-million de personnes et représente 14 % du PIB ainsi que 89 % des exportations. Il a généré des ventes globales de près de 170 milliards de dollars en 2019.

Le secteur manufacturier est un véritable moteur de l’économie et il faut s’assurer de lui donner les moyens nécessaires afin d’assurer sa compétitivité.

Ce qui a été fait au cours des derniers mois, les apprentissages réalisés, ne doit pas être perdu. Trois leviers peuvent être activés par le gouvernement pour mieux soutenir le secteur manufacturier :

— Il faut s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre. Les besoins de travailleurs pour les entreprises manufacturières sont criants et c’est aussi difficile maintenant qu’avant la pandémie de répondre aux besoins des entreprises. Plusieurs solutions s’offrent au gouvernement pour appuyer les manufacturiers, que ce soit par la formation et la requalification de la main-d’œuvre, le rehaussement des compétences ou encore l’immigration.

— Il faut également favoriser l’innovation et la compétitivité. Le Canada accuse un retard important sur le plan de la productivité. Les entreprises manufacturières sont engagées, à des degrés divers, dans l’automatisation des équipements et la numérisation de la production. Il faut bien les soutenir dans ce virage et augmenter leur productivité.

— Avec la montée du protectionnisme partout dans le monde, il est temps de stimuler la fabrication locale en valorisant l’achat québécois au sein même des stratégies d’acquisition, des appels d’offres et de l’attribution de contrats publics. L’approvisionnement local est aussi un levier pour la relance économique.

Et si ces mesures peuvent sans doute aider dans l’éventualité d’une prochaine crise, elles pourront surtout rapidement contribuer à la relance économique du Québec.

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