Lundi, nous soulignerons la journée internationale des droits des femmes.

Françoise Boivin Françoise Boivin
Avocate en relations de travail, analyste politique et ancienne députée de Gatineau

Mais cette année, mon cœur et ma raison ne sont pas aux célébrations. Je vais plutôt avoir une pensée pour Kuujjuaq, Laval, Saint-Hyacinthe et Sainte-Sophie. À Sainte-Sophie, Sylvie Bisson, 60 ans, et sa fille Myriam Dallaire, 28 ans, ont été tuées à coups de hache lundi soir dernier dans leur résidence. Le suspect de ce double féminicide est un homme de 33 ans qui était en couple jusqu’à tout récemment avec Mme Dallaire.

En l’espace de quelques semaines, cinq femmes ont été assassinées dans un contexte de violence conjugale. Encore ! Et pourtant, « il y a des études internationales, il y a des spécialistes qui étudient la question depuis 60 ans », disait cette semaine Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale déplore pour sa part un sous-financement chronique qui se répercute sur le terrain.

« Les maisons font un travail de prévention en amont qui implique une collaboration avec différents intervenants, comme la police ou les procureurs », indiquait cette semaine la porte-parole du Regroupement, Louise Riendeau. « Il y a eu beaucoup de coupures de services et on demande au gouvernement de nous redonner les moyens d’agir », soulignait-elle.

Je parierais que ce n’est pas la première fois ni la première année que le Regroupement fait cette demande. Et vive le 8 mars !

Année après année, et ce depuis des décennies, les maisons d’hébergement font part aux différents ordres de gouvernement de places et de financement insuffisants.

La Fédération des maisons d’hébergement affirme même devoir refuser annuellement au moins 10 000 demandes de femmes violentées à la recherche d’un refuge temporaire.

Cinq féminicides en moins d’un mois au Québec. Cette situation que beaucoup lient directement au confinement préoccupe grandement la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui demande à la population de rester à l’affût des signes de violence conjugale autour d’elle en ces temps difficiles. « Le fait de voir les cas qui s’additionnent, ça me fait excessivement peur », a-t-elle confié à La Presse.

J’ai bien hâte de voir l’effet concret de cette « peur excessive » dans le prochain budget du Québec. Les Maisons d’hébergement du Québec aussi !

Cette fois-ci, la ministre semble avoir un allié de taille. Mercredi dernier, le premier ministre François Legault a dit ceci : « Ça n’a pas de bon sens qu’en 2021, on vive comme des barbares. Nous sommes dans une société civilisée. Toutes les femmes et tous nos enfants ont le droit à un milieu sécurisé. Il n’y a rien de masculin, il n’y a rien de viril à être violent avec une femme. Au contraire, je trouve ça lâche. »

En attendant un financement adéquat, il faut continuer de sensibiliser la population à ce sujet et aider à prévenir la violence conjugale. La réduction des inégalités entre les hommes et les femmes est aussi une avenue à envisager pour y arriver.

Elle est là l’importance de la journée du 8 mars. Sensibiliser la population et les différents ordres de gouvernement. On doit faire mieux ! Les réponses doivent être concrètes, récurrentes et surtout rapides.

En plus des problèmes sérieux de violence conjugale, 2021 voit aussi les femmes reculer sur le plan de l’emploi, de la charge familiale et des services publics, et pas seulement à cause de la pandémie, qui a le dos large ces temps-ci. Il est temps de faire un virage sérieux. Il est temps d’arrêter les beaux discours, conférences, commissions, sommets qui ont lieu régulièrement autour du 8 mars pour donner bonne conscience à nos décideurs politiques. Il est temps de passer en mode solutions le plus rapidement possible.

En parlant de « le plus rapidement possible », lundi dernier, le ministre de la Justice du Canada, David Lametti, annonçait l’entrée en vigueur de modifications à la Loi sur le divorce. M. Lametti a pris la peine de spécifier qu’il s’agissait des « premiers grands changements apportés aux lois fédérales en matière familiale depuis plus de 20 ans ». Oui, vous avez bien lu. Depuis plus de 20 ans ! On y définit ce qu’est la violence familiale. La médiation familiale ne sera plus recommandée s’il y a une situation de violence conjugale au sein de la famille. J’ai envie de hurler qu’il était temps !

Les choix des décideurs politiques doivent tenir compte des réalités des femmes afin de mettre en place des solutions durables qui atteignent les buts. Maintenant ! Pas dans 20 ans. Parce que c’est 2021 et surtout par respect pour toutes celles qui, comme Sylvie Bisson et Myriam Dallaire, ne pourront pas célébrer la journée internationale des droits des femmes lundi.