Les auteurs s’adressent au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé

Cynthia Gélinas Cynthia Gélinas
Ex aequo, membre du Collectif des organismes en défense des droits des personnes en situation de handicap, et 16 autres signataires*

Monsieur le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Collectif des organismes en défense des droits des personnes en situation de handicap (CODDPSH), composé de 12 organismes locaux, régionaux et provinciaux et représentant plus de 2500 personnes ayant une déficience physique, se pose beaucoup de questions quant au choix des critères qui déterminent l’ordre de priorisation de la vaccination, malgré votre insistance à marteler que celle-ci s’appuie sur des données scientifiques. Pourquoi établir la liste de priorisation en fonction des seuls critères de l’âge et de la profession des personnes ? Bien évidemment, la population québécoise s’impatiente, tout un chacun voulant obtenir une dose de vaccin le plus rapidement possible. Toutefois, lorsqu’il est question des groupes les plus vulnérables de notre société, il n’est jamais question de caprices.

Comprenez-nous bien, ce n’est pas parce qu’une personne est en situation de handicap qu’elle est nécessairement malade. Par contre, nombreux sont les membres de nos organismes qui, au fil du temps, ont développé une maladie chronique et d’autres problèmes de santé, augmentant les risques de comorbidités face à la COVID-19.

À cet effet, l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a publié un document intitulé « Impact des comorbidités sur les risques de décès et d’hospitalisation chez les cas confirmés de la COVID-19 »1. Parmi les faits saillants de ce rapport, il est mentionné que dans 97 % des cas de décès, le patient avait une condition médicale préexistante. Il est également révélé que le cumul de comorbidités a un impact sur le risque de décès et d’hospitalisation chez les cas confirmés de la COVID 19. Bien qu’il soit évoqué dans le rapport que l’impact du cumul des comorbidités sur ces risques varie selon l’âge et le milieu de vie, nous nous questionnons sur votre décision de prioriser les personnes âgées de 60 à 69 ans, peu importe leur état de santé, aux individus présentant un état de santé fragile.

Nous ne pouvons pas ignorer qu’une proportion estimable de personnes âgées de 60 à 69 ans est en très bonne santé, et ce, bien au-delà de bon nombre de personnes plus jeunes, mais qui souffrent de maladies chroniques qui affectent entre autres les poumons ou le cœur et qui auraient peu de chance de survie face à une infection à la COVID-19.

Avez-vous envisagé la possibilité que d’autres facteurs, autres que l’âge et la profession, puissent inférer l’ordre des données ?

Par exemple, posons l’hypothèse que les personnes de moins de 60 ans ayant une santé fragile ont été moins nombreuses à être hospitalisées à cause de complications de la COVID-19 que les personnes de 60 à 69 ans parce qu’elles ont trouvé le moyen de mieux s’isoler. Le critère de l’âge dans cette circonstance n’est pas ce qui détermine l’amoindrissement du risque, mais bien le fait de bénéficier de meilleures dispositions de prévention.

Nous ne pouvons non plus ignorer qu’en cas de débordements, les personnes ayant le plus de chances de survie auront préséance aux soins intensifs. Ne souhaiterions-nous pas plutôt prévenir un tel choix déchirant en priorisant davantage la vaccination des individus présentant une comorbidité et ainsi augmenter leurs chances de ne pas être mis à mort ? Ne serait-ce pas possible de vacciner les personnes gravement malades en priorité ?

Nous espérons que votre ministère, qui travaille étroitement avec le Comité de l’immunisation du Québec et la Direction générale de la Santé publique, saura prendre en considération des variables plus larges que celles de l’âge et de la profession des personnes pour déterminer l’ordre de priorité à la vaccination.

En terminant, le CODDPSH souhaite également porter à votre attention la grande importance de l’accessibilité universelle dans le déroulement du processus de vaccination. Les personnes en situation de handicap, que ce soit sur la base de limitations dues à la mobilité, à la vision ou à des troubles cognitifs, sont susceptibles de rencontrer des obstacles importants, à partir de la prise de rendez-vous jusqu’à la réception du vaccin. Nous espérons que vous mettrez tout en votre pouvoir pour faciliter leur accès à la vaccination.

1. Consultez le document « Impact des comorbidités sur les risques de décès et d’hospitalisation chez les cas confirmés de la COVID-19 »

*Cosignataires, membres du Collectif des organismes en défense des droits des personnes en situation de handicap : François Allard, Ex aequo ; Virginie Archambault, Moelle épinière et motricité Québec (MÉMO-Qc) ; Jo-ann Arvey, Centre communautaire Radisson ; Alain Drolet, Carrefour familial des personnes handicapées ; Pascale Dussault, Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM) ; Patrick Fougeyrollas, Réseau international sur le processus de production du handicap (RIPPH) ; Mathieu Francœur, Mouvement Personnes handicapées pour l’accès aux services (PHAS) ; Selma Kouidri, Institut national pour l’équité, l’égalité et l’inclusion des personnes en situation de handicap (INÉÉI – PSH) ; Pauline Le Tron, Regroupement des usagers du transport adapté et accessible de l’île de Montréal (RUTA Montréal) ; Laurence P. Rousseau, Vie autonome Montréal ; Serge Poulin, Regroupement des usagers du transport adapté et accessible de l’île de Montréal (RUTA Montréal) ; Dominique Salgado, Comité d’action des personnes vivant des situations de handicap (CAPVISH) ; Marie Turcotte, Ex aequo ; Walter Zelaya, Moelle épinière et motricité Québec (MÉMO-Qc) ; Smaille Pierrilus, Association multiethnique pour l’intégration des personnes handicapées du Québec (AMEIPH) ; Arbi Chouikh, Réseau international sur le processus de production du handicap (RIPPH)