À mi-chemin de leurs 100 premiers jours au pouvoir, le président Joe Biden et sa vice-présidente, Kamala Harris, imposent de plus en plus leurs priorités sur l’échiquier politique américain. Leur plan de relance de 1900 milliards de dollars vient tout juste de franchir l’étape de son approbation par la Chambre des représentants. Reste le feu vert du Sénat. Ce qui est prévu pour la mi-mars.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Tout récemment, le président américain participait virtuellement à la Conférence de Munich, regroupant surtout ses alliés européens, où il a affirmé que « l’Amérique est de retour sur la scène internationale » (« America is Back ») dans un rôle plus conforme aux traditions et aux valeurs américaines. Le multilatéralisme, les valeurs démocratiques et les institutions internationales reviendront donc au cœur de la diplomatie américaine.

Depuis l’assermentation du président, le 20 janvier, les États-Unis ont rejoint l’Accord de Paris et l’Organisation mondiale de la santé. Bref, le message est clair : fini l’approche America First de l’ère Trump !

Les défis et les enjeux

Malgré le récent procès en destitution de l’ancien président Trump, le tandem Biden-Harris ne s’est pas laissé distraire. Bien au contraire ! Les conférences de presse de Joe Biden et celles de sa porte-parole, Jen Psaki, ont porté avant tout sur la gestion de la pandémie, l’accès à la vaccination, la reprise économique et la confirmation par le Sénat des nominations aux postes-clés dans l’administration.

Dès son assermentation, le président Biden a aussi agi avec célérité et détermination en adoptant plus de 40 décrets présidentiels touchant l’immigration, la santé, l’environnement et l’économie.

Il a également réussi à changer le ton de la politique américaine par sa modestie, son empathie et sa compassion. Son récent témoignage lors de la commémoration à la mémoire des plus de 500 000 victimes de la COVID-19 ainsi que sa présence et son soutien au Texas, durement frappé par une tempête hivernale, démontrent le style Biden.

Cela étant dit, l’impact du discours du président Biden sur l’unité et le besoin de réduire la polarisation politique reste à se concrétiser. Au Congrès, les républicains sont opposés à son plan de relance et la majorité de ceux qui y siègent continuent à suivre les consignes et l’approche de l’ancien président Trump.

Malgré les scissions de plus en plus évidentes chez les républicains au Congrès, les forces pro-Trump y sont toujours majoritaires et continuent de remettre en question la légitimité de la victoire de Biden le 3 novembre dernier. Trump lui-même laisse entendre (comme il l’a indiqué lors de sa sortie de dimanche au rassemblement des conservateurs à Orlando) qu’il pourrait se porter de nouveau candidat à la présidence en 2024.

Pendant ce temps, chez les démocrates, commence à poindre aussi certaines divisions entre l’aile modérée et l’aile progressiste, dirigée par le sénateur Bernie Sanders et la représentante Alexandra Ocasio-Cortez.

À surveiller également : comment Biden va gérer l’exclusion dans son plan de relance de sa proposition de faire passer le salaire minimum de 7 $ à 15 $ l’heure, comme il l’avait promis pendant sa campagne présidentielle. Une proposition considérée comme essentielle à la relance par son aile progressiste.

Le sommet Trudeau-Biden

Le récent sommet virtuel entre le Canada et les États-Unis fournit une bonne démonstration de la nouvelle approche du tandem Biden-Harris. C’est-à-dire le retour de la relation avec « notre meilleur ami », le Canada. D’ailleurs, les premiers coups de fil à l’étranger et la première réunion formelle ont été avec le voisin canadien.

Lors de leur rencontre, le président Biden et le premier ministre Trudeau ont fait plus que de projeter de belles images pour les médias, poser des gestes purement symboliques et s’en tenir à des propos encourageants. La rencontre s’est soldée par du contenu !

Les deux dirigeants ont tracé une feuille de route commune relativement à la pandémie, la reprise économique et les défis pour la classe moyenne, et leurs ambitions climatiques communes, tout en privilégiant la filière de l’électricité.

Le président Biden a également défrayé la manchette pour son appui sans équivoque à la démarche du Canada pour la libération des deux Michael (Spavor et Kovrig), emprisonnés en Chine depuis plus de 800 jours.

La relation Canada–États-Unis ne sera cependant pas sans écueils dans les prochains mois. L’accès éventuel à certains vaccins contre la COVID-19 fabriqués aux États-Unis, les propositions contraignantes relativement au Buy American, le refus du projet Keystone XL, le litige continu sur le bois d’œuvre et la réouverture de la frontière constitueront toujours des enjeux.

Il devient aussi urgent pour l’administration Biden de nommer son nouvel ambassadeur au Canada, un poste qui est vacant depuis plus d’un an. Souvent, par le passé, cette fonction a été comblée par un proche de l’occupant de la Maison-Blanche. C’est à suivre.

Vers 2022

Les plus récents sondages démontrent un taux de satisfaction relativement élevé envers la gestion du président Biden jusqu’à maintenant. Certains frôlent même les 60 %.

Mais la politique américaine étant ce qu’elle est, l’attention se tournera rapidement vers le prochain rendez-vous électoral : les élections de mi-mandat de 2022. Les républicains voudront à tout prix reprendre le contrôle du Congrès, qui demeure fragile dans les mains des démocrates.

Pour les républicains, et plus particulièrement pour l’ancien président Trump, ces élections de mi-mandat marqueront le début de leur prochaine campagne à la présidence. Du côté des démocrates, on fera le même calcul.

À la lumière de ce que nous avons vu depuis le 20 janvier, le président Biden agit en conséquence.