Le manque de places en services de garde, c’est un parent qui ne peut pas retourner au travail et c’est un chef d’entreprise que se désespère d’attirer ou de garder des employés. La situation actuelle des services de garde, c’est aussi des garderies qui ferment et des projets qui ne se réalisent pas en raison d’une bureaucratie trop lourde et extraordinairement tatillonne. En fait, ce système devrait s’appuyer sur la confiance et la capacité des intervenants d’adapter leurs procédures d’analyse des projets pour faire en sorte de répondre aux besoins des parents et des communautés, mais c’est exactement le contraire qui caractérise son fonctionnement.

Jacques Demers et Claire Bolduc
Respectivement président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et présidente de la commission permanente sur le développement social, les institutions et la démocratie de la FQM

Depuis des années, les problèmes et déboires qui accablent le réseau des services de garde à la petite enfance font régulièrement les manchettes. L’absence de services de garde dans un milieu a un impact direct sur sa vitalité économique et sur sa capacité d’attraction de nouvelles familles. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, les entreprises voient les services de garde comme un service essentiel qui leur permet d’attirer et de conserver la main-d’œuvre.

Pour les régions, cette situation se vit péniblement. En plus du manque de places, la fermeture d’un grand nombre de services de garde en milieu familial a amplifié le problème pour beaucoup de municipalités. Du 1er mars au 31 octobre 2020, on a enregistré 1236 fermetures, et la tendance s’accélère. Or, la garde en milieu familial répond souvent aux besoins des familles de plusieurs communautés, et les fermetures actuelles des seuls services existants constituent par conséquent un drame pour celles-ci. Avec les problèmes importants, également constatés en milieux plus urbanisés, la pression ne cesse de s’accroître pour que le Québec prenne les moyens nécessaires pour reprendre le développement de ce réseau déterminant pour la vitalité de nos régions.

Intéressée depuis longtemps par cette question, la commission permanente du développement social de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a rencontré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, pour discuter des solutions qu’elle met de l’avant. Le ministre a été clair : il veut bouger. La FQM accueille évidemment cette volonté avec intérêt.

En premier lieu, la FQM juge que le Québec doit se redonner une lecture fine des réalités pour garantir une desserte adéquate des besoins. Les multiples réformes vécues depuis deux décennies ont miné cette fonction essentielle, et les municipalités régionales de comté (MRC) et les municipalités devraient être des partenaires privilégiés des acteurs du réseau pour procéder à l’analyse des besoins.

À titre de porte-parole des régions, la FQM est d’avis qu’il est plus que temps de revoir les règles qui régissent le réseau. Pourquoi ne pas augmenter le ratio maximal à 12 enfants pour les services de garde en milieu familial afin de rendre l’entreprise plus attrayante ? Pourquoi ne pas lever l’interdiction de cinq installations maximum pour permettre le développement des petites installations en région ? Il est en effet beaucoup plus facile de démarrer un projet de petites installations pour un centre de la petite enfance (CPE) existant ou une garderie déjà établie.

Pourquoi ne pas permettre à une municipalité de loger un ou plusieurs services de garde de type milieu familial dans ses locaux, ce qui favoriserait ainsi la collaboration et l’entraide communautaire au lieu de les restreindre à la maison familiale comme indiqué dans leurs permis ? Pourquoi interdire à une municipalité de soutenir, voire exploiter un service de garde ? Pourquoi faut-il que les appels à projets soient à date fixe alors que l’on sait qu’ils ne suivent pas l’évolution des besoins dans les communautés ? Pourquoi ne pas régionaliser la formation d’éducatrice et ainsi faciliter l’obtention d’un diplôme partout sur le territoire ?

Le ministre s’est fixé l’objectif de nous redonner un réseau performant, et la Fédération québécoise des municipalités est en mesure de l’accompagner dans sa démarche, notamment en mettant à profit sa connaissance pointue de la réalité des régions. Il est temps d’accorder plus de souplesse et d’agilité au réseau des CPE, il est également grand temps de faire sauter les verrous de la bureaucratie et de lever les contraintes aux partenariats. L’ultime et le seul objectif demeure la volonté de répondre aux besoins de toutes les régions, pour que le Québec redevienne la référence qu’il a déjà été en matière de services de garde à l’enfance.