Pour la première fois depuis des décennies, les Canadiens songent à une reprise économique fondée sur le principe du « Canada d’abord »

Elio Luongo Elio Luongo
Chef de la direction et associé principal de KPMG au Canada

À bien des égards, la pandémie de COVID-19 a rendu le monde de chacun plus petit. Les restrictions de voyage, le confinement et la distanciation physique ont réduit la taille de nos mondes personnels. La fermeture des frontières, les pénuries de marchandises et la montée du nationalisme commercial ont réduit la taille de nombreuses chaînes d’approvisionnement, ce qui a également rapetissé notre monde économique.

Les restrictions nous ont aussi amenés à nous concentrer beaucoup plus sur notre monde immédiat — sur nos communautés immédiates. Cela nous a donné le temps d’évaluer qui nous sommes — et voulons être — en tant que nation. Ce que nous apprécions et qui nous apprécions.

KPMG a récemment mené un sondage auprès des Canadiens pour évaluer comment les priorités et les perspectives avaient changé un an après le début de la pandémie.

Le sondage a révélé que 83 % des personnes interrogées estiment que leur communauté locale est plus importante que jamais pour eux.

Quatre-vingt-dix pour cent affirment que cela leur a permis de mieux apprécier les petites entreprises de leur communauté, 87 % d’entre eux déclarant que les petites et moyennes entreprises du Canada ont été les victimes économiques de la pandémie.

Cette reconnaissance croissante de la contribution des entreprises locales dans nos communautés et de l’impact disproportionné de la pandémie sur les PME a incité les Canadiens à réfléchir, pour la première fois depuis des décennies, à une stratégie de relance économique fondée sur le principe du « Canada d’abord ».

Approvisionnement et pénuries

La pandémie nous a également ouvert les yeux sur les défis que pose une chaîne d’approvisionnement mondiale et sur la nécessité de produire des fournitures essentielles près de chez nous. Au début de la pandémie, nous avons constaté des pénuries de tout, des lingettes et du désinfectant pour les mains aux équipements de protection individuelle (EPI) pour les travailleurs essentiels. Au cours de la deuxième vague, le nationalisme vaccinal a posé un défi additionnel à la réponse mondiale à la pandémie.

En conséquence, les Canadiens demandent aux gouvernements, aux entreprises et à eux-mêmes de favoriser notre reprise et de veiller à ce que nous ne dépendions pas d’autres pays pour les ressources essentielles. Notre enquête a révélé que :

— 92 % des gens souhaitent que le gouvernement crée des incitatifs à « acheter canadien » pour relancer notre économie et s’assurer que nous mettons en place les capacités nationales nécessaires pour répondre à nos besoins essentiels ;

— 86 % des gens souhaitent que les entreprises canadiennes attribuent une part de leurs contrats à nos PME ;

— 89 % des gens prévoient de concentrer leurs dépenses personnelles sur des produits et services canadiens, afin d’aider notre économie à redémarrer.

Jamais, depuis les jours grisants des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010, n’avons-nous vu le pays se rallier avec autant d’enthousiasme autour de notre drapeau.

Trop souvent, lorsque des personnes ou des nations se replient sur elles-mêmes, elles le font par peur — peur de ne pas être compétitif, peur d’une menace. Mais je ne pense pas que, cette fois-ci, le sentiment nationaliste croissant soit dû à des forces négatives. Je pense plutôt qu’il y a une reconnaissance accrue de la valeur des entreprises locales et de l’interdépendance de notre société.

Il y a une plus grande compréhension du fait que pour être forts en tant que nation, nous devons nous soutenir mutuellement et être autosuffisants dans des domaines essentiels à notre santé et à notre sécurité.

Au cours de l’année écoulée, de nombreux Canadiens ont soutenu les entreprises locales vulnérables et les millions de personnes qui dépendent d’elles pour leur emploi. Ces personnes ont été là pour nous pendant cette période très difficile, mettant souvent leur santé et celle de leur famille en danger.

Elles ont fait preuve de flexibilité et de créativité en pivotant pour produire des EPI indispensables, pour fabriquer et nous livrer de la nourriture, pour fournir les étagères en produits essentiels, pour entretenir nos maisons et nos véhicules.

L’heure des décisions

Au fur et à mesure que nous sortirons de la pandémie et que notre économie se renforcera, les personnes et les organisations verront leur monde s’ouvrir à nouveau, ce qui se traduira par davantage de possibilités, et donc par des décisions difficiles.

Nous devons décider si nous allons continuer à acheter localement et à soutenir les produits fabriqués au Canada. Quand il sera possible de voyager à nouveau en toute sécurité, choisirons-nous de visiter davantage notre grand pays et de soutenir notre secteur touristique en difficulté, ou voyagerons-nous vers d’autres régions du monde ?

Les entreprises devront trouver le bon équilibre entre l’approvisionnement au prix le plus bas au niveau mondial et la mise en place de microchaînes d’approvisionnement locales et durables sur le plan environnemental.

S’il est peu probable que nous suivions l’exemple des États-Unis en fixant des niveaux minimums de contenu local pour certaines chaînes d’approvisionnement essentielles, nos gouvernements pourraient bien présenter les mesures d’incitation que les Canadiens attendent afin de s’assurer que nous produisions davantage localement.

Mais les entreprises n’ont pas besoin d’attendre les gouvernements à cet égard. Les entreprises canadiennes ont la possibilité de reconstruire et de développer des chaînes d’approvisionnement essentielles ici même, au pays, ce qui contribuerait à protéger les citoyens contre de futures pénuries, à rendre l’approvisionnement plus sûr et à donner un coup de pouce à la reprise.

La pandémie a permis aux Canadiens de se serrer les coudes comme jamais auparavant. En restant centrés sur l’objectif, nous pourrons devenir plus grands et plus forts que jamais.