Le 20 janvier dernier, TC Énergie a finalement suspendu le projet Keystone XL, mettant fin à plus d’une décennie d’efforts et près de 2 milliards de dollars de dépenses. Sans surprise, car les politiques climatiques gagnent en ambition et la demande des consommateurs pour les combustibles fossiles diminue – la pandémie renforce l’impact de ces deux tendances.

Jean-Philippe Renaut Jean-Philippe Renaut
Directeur général d'Æquo *

En 2018, au nom de deux investisseurs*, Æquo a soumis une proposition d’actionnaires demandant à l’entreprise d’évaluer la viabilité de ce type d’investissement. L'entreprise s’était montrée coopérative, recommandant à ses investisseurs de voter en faveur de cette proposition novatrice. Malheureusement, la direction de TC Énergie a vraisemblablement continué de s’appuyer sur un scénario où les gouvernements manqueraient toutes les cibles contenues dans l’accord de Paris

Dans la transition actuelle vers une économie faible en carbone, ce type d’investissement dont la durée de vie est de plus 50 ans, sera de plus en plus risqué : en effet, sans réinvestissements massifs, un pipeline ne servira jamais qu’à transporter du combustible liquide, d’un point A à un point B.

L’ère des mégaprojets de développement ou d’infrastructures à combustibles fossiles est bel et bien terminée.

Le marché s’adapte. Le nouveau PDG de TC Énergie, François Poirier, semble voir d’un bon œil les nouvelles opportunités du gaz naturel et des énergies renouvelables, tout en protégeant sa spécialisation dans les projets d’infrastructures linéaires. Ce changement de ton est encourageant ; si TC Énergie effectue un virage stratégique vers les énergies propres, elle a la possibilité de devenir une entreprise diversifiée et résiliente à la transition.

Le pouvoir des actionnaires

Malgré les indignations et les chemises déchirées de certains politiciens, la décision d’annuler le projet Keystone XL n’a surpris personne – pas même les investisseurs. Quelques personnalités en appellent aux représailles économiques face à la décision du gouvernement Biden – mais rappelons-nous que de tels investissements ne peuvent miser sur des stratégies de litige ou de nationalisation future.

Plus largement, le secteur pétrolier ne peut plus être considéré comme une source d’emplois stables ou de croissance par les gouvernements, les entreprises ou leurs investisseurs.

Qu’on soit grand ou petit investisseur, on peut favoriser une économie plus durable en posant des questions difficiles à ces grandes entreprises canadiennes (TC Énergie, Enbridge, Atco, Trans Mountain, Pembina et d’autres) afin qu’elles adoptent des stratégies qui créent de la valeur dans une économie qui limite le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés Celsius. Notre mission chez Æquo est d’utiliser ce pouvoir collectif des actionnaires pour faire évoluer les entreprises. Ce pouvoir, on l’a tous – en 2021, posez plus de questions.

* Æquo interroge les grandes entreprises sur leur gestion des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et vote aux assemblées des actionnaires, au nom de caisses de retraite et d’investisseurs institutionnels (l’intendance des placements ou l’engagement actionnarial). La proposition d’actionnaire de 2018 a été déposée au nom de deux communautés religieuses canadiennes.