Pour un monde pacifique, prospère et durable

Publié le 17 févr. 2021
Louise Champoux-Paillé
Louise Champoux-Paillé Administratrice de sociétés certifiée

La crise sanitaire et économique que nous vivons actuellement menace de freiner les progrès des dernières décennies en matière d’égalité des sexes et des droits des femmes ou, pire encore, d’augmenter les inégalités et d’entraîner une régression de la participation féminine à la vie économique. L’Organisation des Nations unies l’a mis en lumière dans un document sur les objectifs du développement durable, dont l’un porte précisément sur l’égalité entre les sexes.

« Avec la propagation de la pandémie de COVID-19, même les progrès limités obtenus en matière d’égalité des sexes et de droits des femmes pourraient être réduits à néant. La COVID-19 creuse des inégalités déjà existantes dont souffrent les femmes et les filles dans tous les domaines, de la santé à l’économie, en passant par la sécurité et la protection sociale », écrit L’Organisation des Nations unies. 1

Un contexte périlleux

Les statistiques sur le chômage publiées par Statistique Canada ou l’Institut de la statistique du Québec confirment que les femmes ont été davantage touchées que les hommes, tant dans la première que dans la seconde vague de la COVID-19. D’une part, elles ont souffert davantage des pertes d’emploi, notamment dans le commerce de détail, la restauration et l’hébergement, ou d’un réalignement vers des emplois à temps partiel. D’autre part, parce qu’elles sont surreprésentées dans les secteurs de la santé et des services sociaux, les femmes ont vécu un stress intense en première ligne et une surcharge de travail importante depuis le début de la pandémie.

Dans un texte publié récemment, le chroniqueur économique Gérald Fillion a révélé que selon les données de Statistique Canada pour janvier 2021, on dénombrait 33 500 pertes d’emploi chez les hommes, mais 73 400 chez les femmes, dans le groupe des gens âgés de 25 à 54 ans au Canada. Il s’agit d’un écart très considérable.

Les pertes d’emploi et la hausse des responsabilités domestiques ont exclu beaucoup de femmes de la population active.

Dans ce contexte périlleux qui fragilise nos acquis, comment agissent nos gouvernements et nos entreprises pour ne pas que les femmes soient pénalisées à long terme par cette situation, et pour éviter qu’elles ne mettent en veilleuse leurs carrières ou leurs projets de développement professionnel et de création d’entreprises ? Que fait-on pour s’assurer que celles qui occupent présentement des fonctions dans des domaines touchés par la pandémie bénéficieront d’une formation leur permettant de participer pleinement à la relance de l’économie, une fois que la crise sera derrière nous ?

Une étude de la firme McKinsey Global Institute2 révèle qu’une proportion importante des femmes dans tous les pays du monde pourraient devoir changer de profession d’ici 2030, en évoluant notamment vers des postes exigeant plus de qualifications technologiques. Pour composer efficacement avec ce bouleversement, les femmes devront être qualifiées, mobiles et expertes en nouvelles technologies. Les femmes seront confrontées à des obstacles importants ; elles auront besoin d’un soutien ciblé afin de progresser dans le monde du travail de demain.

Au fil du temps, de nombreux arguments ont été déployés pour justifier une présence accrue des femmes dans des postes de direction au sein des organisations. L’argument le plus souvent utilisé encore aujourd’hui est celui de leur contribution à la performance de l’entreprise. Or, le plus récent rapport publié par les autorités réglementaires canadiennes révèle que la présence des femmes au sein des conseils d’administration est stagnante dans les grandes entreprises et n’augmente que faiblement dans les petites et moyennes entreprises. Le rapport démontre également que la moitié des entreprises ne disposent toujours pas d’une politique de représentation féminine et que très peu d’entreprises se sont dotées d’objectifs précis, que ce soit en regard des conseils d’administration ou des postes de direction.

En quête d’une nouvelle raison d’être

Nos sociétés demandent de plus en plus aux entreprises de se doter d’une raison d’être, au-delà de la seule activité économique et de la course à la rentabilité. Comme il nous faudra bâtir sur de nouvelles bases axées sur des valeurs d’inclusion, d’équité, de bienveillance et du droit de se réaliser pleinement, il est temps de saisir l’occasion pour créer un monde reconnaissant l’égalité des deux sexes.

Les femmes dirigeantes ont déjà démontré qu’elles étaient plus enclines à promouvoir des politiques favorables au développement des talents et à défendre l’égalité des chances pour les sexes.

Si nous souhaitons que des changements durables s’effectuent, il faut promouvoir dès maintenant plus fortement l’égalité des chances. Trop souvent encore aujourd’hui, des biais et des stéréotypes freinent le déploiement des talents féminins.

Comme l’ONU le note avec justesse dans le document cité précédemment, si l’argument économique ne semble pas avoir l’impact souhaité pour changer la donne, c’est qu’il est peut-être temps de s’attaquer à la source du problème, et promouvoir l’égalité des sexes pour sa véritable raison d’être, soit non seulement un droit fondamental de la personne, mais aussi un fondement nécessaire pour l’instauration d’un monde pacifique, prospère et durable.

1 Consultez le document de l’ONU sur l’égalité entre les sexes

2 Lisez « The Future of Women at Work : Transitions in the Age of Automation »

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