Hier encore, j’avais 49 ans.

Patrice Saucier Patrice Saucier
Écrivain

Je caressais le temps ? Oui, assurément ! Dans le sens du poil pour me permettre un changement de décennie tout en douceur…

Car hier encore, en moi bouillait un savant mélange constitué des forces des personnages de The Breakfast Club, mon film fétiche, la fougue de Jane Wieldin des Go-Go’s, le caractère bouffon de Fantozzi et, je dois l’avouer, l’hypocondrie maladive de Cameron Frye du long métrage Ferris Bueller’s Day Off.

Soudain, dès le 15 février 2021, alors que sévit toujours la pandémie et que la recherche d’un sens à notre vie prend de nouvelles tournures, le Destin, ce grand muet qui sait tout de nous et décide malgré nous de notre marche à suivre, m’a enfin fait lâcher ma bouée de la quarantaine et poussé dans cette autre dimension qu’est la cinquantaine.

Me voilà désormais l’heureux propriétaire du forfait « quinqua ». Il vient avec des avantages que nous retrouvons dans les forfaits « vingtaine », « trentaine » et « quarantaine », à savoir la créativité, la vision, l’humour, l’amour de son travail, l’empathie, les joies de la paternité avec un garçon autiste, etc. Toutes de bien belles qualités qui font de moi, j’imagine, un être unique. Mais ce nouveau forfait me fait quand même peur.

En effet, je crains qu’une date de péremption, règle non écrite de la société qui souligne votre inévitable déclin afin qu’elle puisse garder son éternelle jeunesse, me soit attribuée.

Autrement dit, je crains fort que l’on me trouve trop « plate » ou trop greatest hits, c’est-à-dire incapable d’en donner plus.

Pour cette société dans laquelle j’évolue, vais-je toujours en valoir le coup avec mes 50 ans bien sonnés ? Suis-je le seul « quinqua » nouveau ou ancien à me sentir ainsi ? Je n’en suis qu’au « milieu de l’après-midi » de ma vie. Pourquoi vouloir absolument arrondir et me sacrer immédiatement dans le soir de celle-ci ?

Rénover

Je m’entraîne, j’écris, je lis, je me renseigne sur tout. Je me dévoue pour tout, pour ma famille, mon couple, la cause de l’autisme et de l’itinérance, etc. Je ne suis pas non plus réfractaire au changement. Dans cette optique, j’accepte de mieux comprendre de nouveaux termes nécessaires comme racisme systémique, féminisme intersectionnel, LGBTQIA2S+, charge mentale, allochtone, masculinité toxique et autres, non pas pour être à la mode, mais dans le souci de constamment m’améliorer, me « rénover ». On le fait bien avec les maisons, pourquoi pas avec nous-mêmes !

Je ne suis pas un « quinqua » immuable, qui fait de la nostalgie et des valeurs « de son temps » ses uniques maîtres à penser. C’est bien de retourner à ce qui nous a permis de nous façonner. De là à en faire un safe space

Autrement, oui, j’aurai fait mon temps et je serai « plate ».

« Le temps passe comme un train », chante La Grande Sophie dans la chanson Une vie. C’est un privilège – sans doute le plus important – de pouvoir évoluer, travailler, prendre son café pas de sucre dans ce train, tandis que d’autres ont été contraints de débarquer à 28, 33, 44 ans, fauchés par le cancer, un bête accident de voiture ou un malheureux infarctus. J’ai un ami peintre qui a sauté volontairement hors du train. Suicide…

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, même à 50, 60 ou 80 ans. Alors, « allons travailler », comme disait Sandoz à la fin de L’œuvre de Zola.

Salute, en virtuel !