Nietzsche pratiquait la philosophie au marteau. Il a déconstruit bien des idées et des idéaux, les idoles comme il aimait les appeler. Est-il temps, aujourd’hui, de faire de même et de penser autrement, de repenser, de voir les choses sous un autre angle ?

Publié le 14 févr. 2021
David Crête
David Crête Professeur de marketing à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières

On connaît tous l’expression « penser hors de la boîte ». Mais pourquoi est-ce si difficile d’y arriver ? Sans doute parce que nos opinions et nos pensées sont confortables, rassurantes. Elles ne sont pas déstabilisantes. Depuis plusieurs mois, on nous dit qu’il faut se réinventer. Je veux bien, mais avons-nous ce qu’il faut ? Peut-on faire différemment si on continue à penser les mêmes choses, sans se bousculer un peu ?

L’époque actuelle, elle, bouscule. La pandémie nous force à voir la mort en face. Comme toutes les crises du genre, elle amène nécessairement une fatalité qu’on a peine à admettre publiquement.

Avant d’être biologique, cette crise est d’abord sociale. Biologiquement, elle affecte un faible pourcentage de la population. Mais socialement, elle affecte tout le monde.

Par les décisions qui sont prises, on sacrifie la santé mentale et financière de bien des jeunes, de gens d’affaires, de travailleurs et de personnes âgées, pour ne nommer qu’eux.

Cependant, nous avons une formidable capacité à rebondir. On peut parler de résilience, un mot parfois galvaudé, c’est vrai. Une chose est sûre, depuis plusieurs mois, l’époque nous a déstabilisés. Il sera sans doute ardu d’évoluer dans cette réalité en continuant à penser de la même manière. Il faudra peut-être « dé-penser » pour ensuite « re-penser » certains aspects de nos vies, de notre travail, de nos manières de faire. Oui, innover, un autre mot à la mode. Mais avant l’innovation, il y a la créativité, le monde des idées nouvelles et utiles. C’est ici que le bât risque de blesser. Nos idées et nos a priori se bâtissent et se confortent sur plusieurs années. Parfois, nous en sommes fiers. S’en détacher demande une grande volonté. C’est probablement le plus grand bien qu’on puisse se faire à soi-même. Car, admettons-le, il faut, de temps en temps, se méfier de soi.

Dangereuse myopie

Dans les organisations, comme dans nos vies, la myopie est dangereuse. Avoir le nez trop collé sur sa réalité et ses idées peut mener à sa perte. Actuellement, c’est flagrant, on remet en question bien des expertises et des décisions : le port du masque, le recours au vaccin, la nécessité du couvre-feu, de fermer les gyms, alouette. Mais sommes-nous capables de remettre en question nos propres idées ? De demander un deuxième avis ?

Le professeur et psychologue Adam Grant souligne que nous pouvons être classés en différentes catégories. D’abord, nous agissons parfois en prédicateur, en preacher, lorsque nos sacro-saintes idées sont mises à mal. Nous entrons en mode sermon afin de les protéger. Ou encore, en mode politicien lorsque nous faisons campagne pour faire approuver une idée auprès d’une audience quelconque. Ou bien en procureur attaquant ceux qui ne partagent pas nos vues. Voilà des trappes à éviter qui rassurent plutôt que de remettre en question.

J’ai commencé ce texte avec Nietzsche. Je me permets de le terminer aussi avec lui, alors qu’il a si bien dit : « Souvent les gens ne veulent pas voir ou entendre la vérité parce qu’ils ne veulent pas que leurs illusions soient détruites. »

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