L’auteure s’adresse à la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann

Marie-Hélène Parizeau Marie-Hélène Parizeau
Professeur titulaire, faculté de philosophie, Université Laval

Votre annonce jeudi dernier de prendre en pitié l’isolement des élèves des cégeps et des universités est apparu comme un rayon d’espoir pour les élèves et aussi les professeurs, un espoir de sortir de l’invisibilité politique !

Des solutions politiques et de santé publique ont été trouvées depuis mai 2020 pour l’enseignement primaire et secondaire afin de conserver l’école en présentiel. Mais les cégeps et des universités ont été exclus de cette approche humaine au profit d’une solution technique — les cours en ligne. Depuis la mi-mars 2020, c’est notre troisième session, élèves et professeurs sont confinés à leurs écrans pour recevoir ou donner des cours à distance qui n’ont pas grand-chose à voir avec les cours en présence, ni du point de vue des contenus ni du point de vue relationnel.

L’espace de 24 heures, j’ai cru que quelque chose allait changer. Vous avez parlé de la présence étudiante au moins un jour par semaine au cégep et à l’université, ainsi que des cours en classe même pour les cours théoriques !

Las ! Du cégep, mon fils a reçu un message pour dire que conformément aux directives ministérielles et pour « briser leur isolement », les élèves pourraient venir suivre leur cours d’éducation physique en classe, ce qui permettrait à 70 % des élèves de venir une fois par semaine au cégep. Quid de ceux qui, comme mon fils, n’ont pas de cours d’éducation physique cette session ? Voilà comment ont été interprétées, de façon minimale, vos directives par l’administration du cégep.

Rien de tangible

Cela ne devrait pas vous surprendre. Mon université, quant à elle, nous a dit faire un premier pas « vers un retour progressif et sécuritaire sur notre campus ; nous sommes encore loin d’un retour à la normale ». L’administration ajoute qu’« un certain nombre d’activités de nature pédagogique pourront de nouveau être offertes en présence au fil des prochaines semaines ». Rien de tangible pour l’instant, l’administration se donne le temps d’y penser encore…

Voilà les effets de vos beaux discours, Madame la Ministre.

Cela ne devrait étonner personne, car les administrations des cégeps et universités ont constaté depuis le début de la pandémie que c’était beaucoup moins de tracas de gérer à distance un campus quasiment vide, cela coûte moins cher et c’est plus reposant de ne pas prendre de risque dans le confort de son chez-soi.

Si, par hasard, vous souhaitiez savoir ce qui se passe réellement sur les campus des universités et des cégeps et, surtout, comment vivent leur mission d’éducation les professeurs ou comment les élèves subissent les cours à distance, je vous propose de les consulter directement.

Ils ont, entre autres, des porte-parole à travers les associations étudiantes et les syndicats des professeurs et ils ont des choses à vous dire et des scénarios à vous proposer.

Cela pourrait être utile dans les prochains mois parce qu’au rythme de tortue où va la vaccination contre la COVID-19, il va falloir avoir un peu d’imagination pour sortir de ce cul-de-sac. À moins qu’encore, par indifférence pour leur vocation principale, celle de l’enseignement, les administrations des universités et cégeps imposent encore une autre session de cours en ligne à l’automne quel qu’en soit le coût humain en dépressions, épuisement professionnel ou décrochage.

Je ne voudrais pas préjuger, Madame, de votre jugement sur la suite du confinement et des cours en ligne dans les universités et les cégeps. La jeunesse est l’avenir de toute société, ne la traitons pas avec mépris, elle a aussi le sens des responsabilités quand on s’adresse à elle directement en adultes, pas en l’infantilisant.