Difficile de trouver plus passionné que lui pour parler, vulgariser et convaincre du rôle central d’un fonds de pension. Et quand M. Retraite, alias Michel Lizée, économiste qui dirigea le service des collectivités de l’UQAM durant 40 ans, prit sa retraite, il décida de devenir champion d’un projet de retraite par financement salarial (RRFS) à prestations déterminées tout à fait nouveau genre et très viable, malgré les plus sombres prédictions qu’on lui soufflait.

Robert Pouliot
Professeur enseignant, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal

Avec moins que rien, Michel aida le Relais-femmes et le Centre de formation populaire (CFP) à rassembler 800 participants pour créer le Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes en octobre 2008. Une vraie magie ! En 2017, ce régime regroupait plus de 6300 salariés de quelque 650 groupes dispersés à travers le Québec pour leur garantir une rente à vie. « Depuis sa création, le Régime affiche un rendement annualisé de 9,21 %, soit 3,71 % de plus que le rendement à long terme attendu par l’actuaire et 0,71 % de plus que les marchés dans lesquels nous sommes investis », nous confiait-il en 2018. « Je suis fier de dire que ce régime de retraite, à travers un processus éducatif impliquant 15 personnes du milieu communautaire, a été conçu, une question à la fois, pour s’adapter tant aux aspirations et aux besoins qu’aux contraintes du milieu communautaire. » Michel Benoit, qui fut vice-président de la Régie des rentes (devenue Retraite Québec) et codirigeant du groupe retraite du cabinet Osler, croit que ce régime à risque partagé offre beaucoup plus de sécurité aux employés que les régimes à cotisations déterminées, qui se répandent à vue d’œil, et regrette que les syndicats ne s’y soient pas intéressés davantage.

Artisan de l’ombre

Certes, on parle peu des stars du domaine de la retraite, un univers aux allures souvent complexes, comme la plupart le perçoivent. D’autant que Michel, qui vient de nous quitter, trop jeune à 70 ans, appartenait à ce monde des artisans de l’ombre des fonds de pension. L’un de ses plus grands rêves aura été de voir le projet de loi 30, défendu par Michelle Courchesne, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, modifier, en 2006, la Loi sur les régimes complémentaires de retraite pour imposer une responsabilité fiduciaire aux actuaires-conseils. Lesquels jouent un rôle déterminant dans les hypothèses de solvabilité des fonds de pension. Nous étions alors au seuil de la grande crise financière de 2008 et quelques mois à peine après le scandale Norbourg.

Michel siégeait à un comité consultatif qui avait recommandé de renforcer la responsabilité des actuaires face aux obligations fiduciaires des régimes de retraite vis-à-vis de leurs bénéficiaires. Une telle recommandation se révèle d’autant plus pertinente aujourd’hui, alors que les actuaires font de plus en plus face aux risques de conflits d’intérêts, comme leurs collègues auditeurs, devant leur clientèle corporative. En effet, il n’est pas toujours facile pour les actuaires de résister aux pressions des clients-employeurs qui préfèrent afficher un taux d’espérance de rendement supérieur à 6 % afin de réduire leurs obligations de cotisations alors qu’avant 2010, il aurait fallu baisser ce taux à 4 % environ et encore moins aujourd’hui, avec des taux d’intérêt quasi nuls après inflation.

Michel Lizée nous a laissé un legs extraordinaire à travers tout le mouvement syndical qu’il a formé en retraite. Tous les bénéficiaires le saluent aujourd’hui avec gratitude.