Les gouvernement doivent modifier leur stratégie de communication à propos de la pandémie

Publié le 6 févr. 2021
François Audet
François Audet Professeur agrégé, directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal, Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire

Nous observons depuis un certain temps un important paradoxe. Ce paradoxe met en évidence, d’une part, la population qui comprend que la menace du virus est toujours bien présente et perdurera, et d’autre part, les gouvernements provincial et fédéral qui nous annoncent des mesures de gestion de crise au jour le jour qui sont ultimement reportées, générant un cumul de faux espoirs.

Une gestion de stop-and-go justifiée dans un contexte où nous avions peu de connaissances scientifiques. Aujourd’hui, un an après que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) eut confirmé la pandémie mondiale, cette stratégie doit changer.

La population a bien compris les raisons des reports successifs des mesures depuis maintenant près d’un an. La population comprend désormais aussi que nos gouvernements reporteront les prochaines mesures pour les mois à venir. La récente tendance à la baisse est un autre leurre. Dire que l’anticipation du report continuel des mesures fatigue est un euphémisme.

Ce contexte claustrophobique nous empêche de nous projeter dans le futur et de planifier nos projets personnels ou professionnels.

Même s’il y a toujours une grande incertitude sur la crise que nous vivons, la pandémie mondiale de COVID-19 perdurera au-delà de 2023, selon les projections de l’OMS. Il est également très peu probable que tous les Canadiens soient vaccinés cette année, malgré ce qu’en dit le premier ministre Trudeau. En effet, la situation de la pandémie dans le monde n’a jamais été aussi critique. Le virus ne connaît pas de frontières et collabore avec son hôte, l’humain, pour se répandre. Évidemment que la vaccination progressera rapidement et permettra la protection de nos groupes vulnérables et travailleurs essentiels. Mais le virus continuera d’évoluer dans l’écosystème humain encore longtemps, sans compter l’émergence de nouveaux variants. Le Québec et le Canada sont dans cet écosystème. De surcroît, le nationalisme vaccinal, cette posture égoïste des États qui exacerbe la compétition pour l’accès aux vaccins, et notre inaptitude aux dialogues multilatéraux sont les ingrédients de cette tempête parfaite. En somme, certains pays et des régions marginalisées n’auront simplement jamais accès aux vaccins.

Avec la menace qui perdurera et le contexte de crise durable qui prévaut, le type de communication stop-an-go de nos gouvernements n’est donc plus viable. Les discours de nos autorités politiques doivent être plus transparents au sujet des projections actuelles provenant des données probantes concernant la pandémie.

En somme, dans ce contexte de crise mondiale et de vulnérabilité durable, les gouvernements Legault et Trudeau doivent rapidement modifier leur approche de communication sur la crise et la fonder sur les données probantes connues. Si le contexte continue d’imposer des décisions tactiques aux aléas quotidiens, la projection dans le temps est fondamentale pour que les organisations puissent anticiper leur avenir, et que la population ne tombe pas dans une dépression collective irréparable.

Nouvelle normalité

Ce changement de stratégie est indispensable, voire vital. Toutes les industries et les organisations doivent faire des plans sur le long terme et diminuer leur vulnérabilité aux décisions ponctuelles. On n’a qu’à voir la réaction positive des compagnies aériennes qui savent enfin, un peu, à quoi s’en tenir. Les institutions universitaires et de recherche doivent être en mesure d’anticiper la forme que prendra l’enseignement et de prévoir l’accès aux terrains de recherche. Le milieu de la santé pourra ainsi mieux gérer les besoins immédiats versus les conséquences dramatiques du délestage. Enfin et surtout, la population doit digérer cette nouvelle normalité : cette année, les voyages internationaux seront difficiles, voire impossibles, et les vacances se prendront sous le signe du confinement et des aléas des variants qui commencent seulement à poindre.

Exposer différents scénarios pour les 3, 6 voire 12 prochains mois, voilà la priorité des gouvernements après une année de pandémie.

Des scénarios désormais disponibles avec les données probantes actuelles. Un exercice à ajuster dans le temps en fonction de l’évolution du contexte de la menace. Et pourquoi pas espérer que les deux ordres de gouvernement puissent arriver à des scénarios coordonnés, ce qui éviterait l’incohérence des messages et mettrait des conditions favorables pour éviter que le nombre de sceptiques continue d’augmenter. L’OMS, Santé Canada et des centres de recherche disposent de ces projections, il faut les utiliser et permettre à la population et aux organisations d’anticiper l’année qui s’amorce. L’Australie a utilisé une telle stratégie l’automne dernier.

Les premiers ministres Trudeau et Legault ont récemment répété que leur rôle était de protéger la population. Cette protection implique d’éviter de créer de faux espoirs répétitifs et de faciliter la transition actuelle vers la nouvelle normalité avec un discours temporel réaliste sur la crise qui est bien loin de se terminer.

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