Jeudi dernier, en fin de journée, comme chaque fois que la rumeur médiatique porte à mon oreille le fait qu’un policier a été victime d’un accident ou d’une agression, mon cœur a raté un battement. Cette crainte de connaître le policier agressé, cette sourde angoisse que ce soit un de mes anciens élèves… Finalement, j’ai appris que je ne vous connais pas personnellement, agent Sanjay Vig. Mais cela ne change en rien mon besoin de vous écrire quelques mots.

Publié le 2 févr. 2021
Nathalie Gravel
Nathalie Gravel Enseignante en techniques policières au collège de Maisonneuve

Depuis plus de 30 ans, j’ai le privilège de former des aspirants policiers. Au cumul, cela se compte littéralement par milliers dans mon cas. À travers les années, toutes ces personnes étaient nourries et mues par le désir de changer un peu notre monde au quotidien, en protégeant et en servant leur communauté. Peu importe l’évolution des profils générationnels, cette motivation à vouloir aider autrui demeure la même dynamo qui éclaire leurs regards, leurs esprits, leurs convictions à apprendre, à développer leurs compétences professionnelles.

On ne devient pas policier par soif de popularité ou par propension au confort. Devenir policier, c’est difficile. Pratiquer votre profession, agent Vig, l’est encore davantage.

Choisir d’être policier, c’est acheter son billet première classe pour recevoir tomates, pots (sans fleurs) ou claques virtuelles au visage. Et quotidiennement, la plupart du temps. Alors, pourquoi ? Pourquoi épouser une fonction si critiquée, si controversée, si ingrate à bien des égards ? Et potentiellement dangereuse, comme les évènements nous l’ont encore prouvé la semaine dernière.

Chacune de vos consœurs et chacun de vos confrères connaissent, au fond de leur cœur, la raison qui les ramènent au travail après un évènement difficile, une journée au bilan négatif ou une altercation confrontante avec un citoyen. Vous aussi, agent Vig, vous savez pourquoi vous reviendrez au poste de quartier 33, dans quelque temps, après votre convalescence et les incontournables débreffages opérationnels, émotionnels et judiciaires.

Une image fortement symbolique

En ces temps où il est de bon ton de jeter haine, insultes et mépris au visage d’autrui, anonymement ou en pleine gloire de sombre fierté, permettez-moi, agent Vig, de saluer votre courage et votre résilience. Vous avez été agressé, mais vous savez aussi que c’est l’image symbolique, chargée, de votre fonction qui a été attaquée. Je l’ai déjà écrit à maintes reprises, la société a raison d’être critique et exigeante envers son service de police et ses policiers. Cette société, qui vous octroie des pouvoirs et devoirs d’exception, mérite un haut niveau de rigueur et de professionnalisme de la part des milliers de policiers qui choisissent de la protéger et de la servir.

Agent Vig, Sanjay, je me permets d’être la voix de votre communauté, plus silencieuse que celle des médias sociaux, qui apprécie votre contribution et reconnaît la complexité, la difficulté de votre travail quotidien.

Ces concitoyens, de tous âges, de toutes origines, de toute diversité, se sentent en sécurité grâce à votre présence dans leurs quartiers. Ces femmes et ces hommes qui aiment vous voir leur sourire, les saluer lorsqu’ils vous croisent. Et ces mêmes personnes qui pestent un peu — beaucoup ! — contre vous lorsqu’elles reçoivent cette contravention qu’elles savent tout de même méritée, au fond.

Sanjay, Anne-Marie, Vincent, Pierre, Valérie, Catherine, Gaétan, John, Moustapha, Julie, Caroline, Jean-François, Mathilde, Frédéric, Minh, Benoit, Marc-Antoine, Manuella, Dieudonné, Émilien, Joseph, Sarah, Thomas, Christine, Roch, Manon, Samuel, Félicia…

Merci. Merci beaucoup d’être là pour nous.

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