J’ai grandi à Roberval, une ville d’environ 10 000 habitants sur la rive sud-ouest du lac Saint-Jean. Comme dans beaucoup de communautés au Québec, tout le monde se retrouve à l’aréna. Quel que soit votre âge, vous avez un lien avec la patinoire, en tant que joueur, parent, grand-parent, arbitre, entraîneur ou partisan. Notre patinoire locale était notre destination pour jouer au hockey et rencontrer du monde.

Publié le 31 janv. 2021
Samuel Girard
Samuel Girard Défenseur de l’Avalanche du Colorado, dans la Ligue nationale de hockey

L’aréna était le cœur de notre communauté et ça se voyait. Je me souviens que la bande et les vitres de protection étaient pas mal maganées. Les vestiaires aussi avaient sérieusement besoin de rénovations. L’entretien des patinoires coûte cher et notre ville n’avait pas l’argent pour effectuer les réparations.

Avoir et conserver un endroit pour jouer n’est qu’un des nombreux obstacles qui existent dans le hockey.

Au cours de mon propre parcours vers la Ligue nationale de hockey (LNH), il est arrivé un moment où ma famille ne pouvait plus se permettre le hockey organisé pour moi et mon frère Jérémy. Nous jouions tous les deux au hockey midget AAA, ce qui est très coûteux. Il s’agit d’un engagement financier important et d’un obstacle majeur pour de nombreuses familles au Québec.

Mon frère Jérémy a généreusement offert de cesser de jouer pour que je puisse continuer à poursuivre mon rêve de jouer au hockey.

Bien que je lui sois reconnaissant du sacrifice qu’il a fait, je ne peux m’empêcher de me demander combien de joueurs et leurs familles ont été contraints de prendre des décisions similaires.

Les programmes privés et les fonds provenant d’entreprises ont un rôle majeur à jouer et ont contribué à faire tomber les obstacles pour rendre le hockey plus accessible à tous les Québécois. Je le sais de première main.

La communauté la plus passionnée

Lorsque la candidature de Roberval a été proposée pour Kraft Hockeyville, la communauté s’est vraiment ralliée. Après plusieurs semaines à voter, à faire des affiches et à montrer la fierté de notre ville natale, Roberval a fini par remporter le concours.

Vivant à Roberval, nous étions, bien sûr, tous des partisans du Canadien de Montréal. Je me revois, assis sur le canapé dans mon salon, à regarder la télé, à encourager Saku Koivu, Tomas Plekanec et Andrei Markov. Pour moi et beaucoup de mes amis, ils étaient des héros. Ils étaient plus grands que nature. Nous pratiquions le même sport et vivions dans la même province, mais la LNH semblait être un monde différent.

Le jour où Roberval a remporté Kraft Hockeyville, le Canadien est venu dans notre coin de la province, dans notre ville. Nous allions maintenant avoir la chance d’accueillir un match d’avant-saison de la LNH, de rénover notre aréna en plus d’obtenir le titre de la communauté de hockey la plus passionnée du Canada.

Lorsque le Canadien a affronté les Sabres de Buffalo à Roberval, dans notre aréna, j’ai pu assister à mon premier match de la LNH. Quand j’ai regardé ce match, quelque chose a changé pour moi.

Avant ce moment, je n’avais jamais pensé que je pourrais jouer dans la LNH, mais faire partie de cette action m’a semblé possible. Cela m’a donné envie de faire partie de quelque chose de plus grand.

Je sais par expérience que gagner ce match et organiser ce jeu a changé ma vie et celle de la ville de Roberval. Nous nous sommes tous sentis si fiers – pas seulement pendant des mois, mais pendant des années. Roberval a remporté le concours en 2008 et on en parle encore aujourd’hui.

Quand vous êtes un jeune enfant, ou que vous venez d’une petite ville, cette expérience est très spéciale. C’était incroyable de voir tout le monde ensemble, d’entendre les acclamations dans notre aréna et de voir les joueurs de nos propres yeux. Les mots « la communauté de hockey la plus passionnée du Canada » sont devenus une partie de notre identité.

Aujourd’hui, quand je vois cette énergie et cet esprit chez les jeunes joueurs ou les partisans, je revis toujours les mêmes émotions. La dernière année a créé beaucoup de distance entre nous et nos voisins, et même si nous ne pouvons pas nous réunir à la patinoire locale en ce moment, notre amour du sport et de la communauté n’a pas diminué.

Le hockey et la fierté communautaire constituent une grande partie de l’identité et de la culture du Québec, et il est important que nous continuions à trouver des moyens de rendre le hockey plus accessible à tous les Québécois. Trouvons quelque chose pour que nos communautés se rallient aujourd’hui afin que nous puissions nous rassembler à nouveau lorsque cette pandémie sera terminée.

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