En dépit de l’ampleur des différences de puissance entre les deux pays, les États-Unis n’ont jamais été en mesure de traiter Israël comme le vassal que le pays hébreu est, dans la réalité. Il y a belle lurette que les États-Unis n’ont pas confronté Israel ! Même Barack Obama s’est contenté de rugir comme un lion en cage quand Bibi est venu haranguer le Congrès américain sans même passer par la présidence.

Ferry de Kerckhove Ferry de Kerckhove
Professionnel en résidence honoraire et professeur à temps partiel, École supérieure d’affaires publiques et internationales, Université d’Ottawa

Si on remonte dans le temps, neuf fois sur dix, les États-Unis ont fini par plier ; sinon, là aussi, il y a belle lurette que la colonisation juive en terre palestinienne aurait cessé. Preuve de faiblesse, le leitmotiv américain a toujours été de donner la chance à la négociation, en ignorant délibérément que la partie était inégale entre un pays, puissance régionale, membre des Nations unies, face à une représentation palestinienne croupionne et divisée, sans terre et sans espoir.

Benyamin Nétanyahou a dû se féliciter de ce que Joe Biden ait endossé les accords d’Abraham conclus entre Israël et plusieurs pays arabes.

Bien plus, ayant par le passé condamné le fait qu’Obama avait attendu que l’accord nucléaire soit bien avancé avant de s’en ouvrir à lui (même si les services secrets israéliens étaient évidemment au courant de presque les moindres détails), Nétanyahou s’indigne que Biden ne semble pas vouloir le mettre entièrement dans sa confidence.

Cela au moment même où Antony Blinken, secrétaire d’État désigné, conforme l’intention de l’administration Biden de consulter étroitement ses alliés, dont Israël et les pays arabes, soulignant qu’on voulait justement corriger le tir.

Mais pour Bibi, ce n’est pas assez. Il rappelle que c’est Israël qui court le plus grand risque face à l’Iran. Il ne peut plus beaucoup parler de la menace arabe puisque les pays frères de la Palestine ont préféré une relance économique accélérée, justifiée à bien des égards si les accords avec Israël avaient été assortis d’un vrai quid pro quo pour les Palestiniens.

Non, Bibi tire sur la laisse et veut dicter les conditions de la renégociation : pas de levée des sanctions avant que l’Iran n’ait inversé tous ses récents manquements à l’accord, et inclusion d’autres mesures restrictives sur les programmes d’armement iraniens dont le développement de missiles de portée croissante. Évidemment, personne ne parle de la puissance nucléaire israélienne, secret de Polichinelle depuis plus de 30 ans.

Les dégâts de Trump

Nétanyahou préférerait évidemment un accord qui soit contraignant pour plusieurs décennies, avec des vérifications presque humiliantes pour l’Iran et des mesures absolues interdisant tout vecteur ou missile de portée, de vitesse et de capacité mettant Israel en péril. C’est ce que toute la communauté internationale voudrait, Biden compris. Mais Nétanyahou semble ignorer totalement les dégâts causés par Donald Trump sur ce plan. La position de négociation du président Biden est affaiblie dans cette affaire et les glapissements du premier ministre israélien ne feront que l’affaiblir davantage. D’où la nécessité de repartir, non pas de la case départ, compte tenu du délitement des relations internationales au cours des quatre dernières années, mais bien de l’accord existant, dont seuls les États-Unis se sont retirés.

C’est indéniable que l’Iran est plus que jamais en position de faiblesse. Il est le seul pays à véritablement plaider la cause palestinienne – bien plus pour narguer les pays arabes que par conviction – et ces derniers n’ont plus grand-chose à craindre de leur nouvel allié – 1947, 1956, 1967, 1973 sont passés à l’histoire et c’est peut-être le seul véritable legs de Donald Trump. Il est donc totalement inutile pour les membres du JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) de pousser les Iraniens dans leurs derniers retranchements car, aux abois, leur capacité de nuisance reste réelle.

Autrement dit, un retour à l’accord initial puis une négociation pour l’améliorer et le prolonger ont bien plus de sens qu’un resserrement d’une vis qui étouffe déjà partiellement la Perse.

Le maintien des sanctions unilatérales de Trump, dont les autres partenaires du JCPOA ne reconnaissent pas le caractère contraignant, n’aide en rien. Les resserrer davantage serait un affront pour le pays qui, même s’il a commencé à enfreindre lui-même les conditions de l’accord, ne l’a jamais dénoncé et n’a pas chassé des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Enfin, l’Iran est bientôt en élections et donner de la voix aux partisans de la ligne dure ne paraît pas très brillant…