Au début des années 2000, la société québécoise a mis ses énergies dans l’amélioration du système de soins de santé, qui a fait office de projet collectif, avec des résultats pour le moins discutables.

Publié le 30 janv. 2021
Alexandre poulin
Alexandre poulin Essayiste

Les années Charest et Couillard ont été marquées par une désaffiliation des citoyens à l’égard des gouvernants, par de multiples grèves et par une omniprésence de la santé dans les sujets d’actualité. En 2018, la Coalition avenir Québec a été élue afin de raviver la fierté québécoise et de combattre le cynisme. La pandémie de COVID-19 apparaît pourtant comme l’aboutissement fortuit d’une société en mal de rêves.

Il faut redouter aujourd’hui que les chemins que nous avons empruntés depuis 20 ans nous aient menés jusqu’à ce point de rencontre avec cette maladie venue de loin et qui s’est curieusement alliée à nos préoccupations gérontocratiques, certes légitimes, mais qui n’insufflent pas le goût de l’avenir aux plus jeunes d’entre nous.

La quotidienneté, quoi qu’on en dise, est reine dans notre province, où nos aspirations politiques se sont étiolées en même temps que nous nous sommes repliés sur la sphère privée. C’était vrai avant la pandémie ; ce l’est encore plus aujourd’hui.

N’est-il pas étrange que la pandémie, tout extérieure soit-elle à notre volonté, se soit accordée avec ce qui est devenu au fil du temps notre seule ambition collective, c’est-à-dire la gestion de la vie ordinaire ? Sur le plan symbolique, l’atteinte du risque zéro en matière de contamination à la COVID-19 n’est pas sans rappeler la crainte qu’ont les Québécois de mettre un pied devant l’autre dans le domaine politique.

L’objectif du risque zéro, en politique comme en matière de santé publique, rime avec l’éclosion de dommages collatéraux.

Cela n’est pas sans avoir occasionné de bons coups également. À l’appui des données de Google, en avril dernier, le Québec a été l’État nord-américain où la consigne de rester chez soi a été la mieux respectée.

Appétit de pouvoir

Les nationalistes québécois auraient remué ciel et terre si l’État fédéral avait décrété un couvre-feu d’un océan à l’autre, mais l’État est une réalité politique qui se plie à une logique simple : accordez-lui une faveur, il exigera de vous davantage. Dire une telle chose ne fait pas de nous des libertariens, encore moins des complotistes. Qu’un gouvernement se réclame du fleurdelisé ne devrait pas nous empêcher de le critiquer et de nourrir une crainte salutaire à l’endroit de ses possibles dérives. Quiconque nierait la possibilité de ces excès n’a rien compris du XXsiècle.

Notre clergé de naguère excellait en matière de censure, cautionnée par d’anciens premiers ministres, et M. Legault devrait cesser de se cacher derrière des lectures présentées comme incorrectes par une poignée de militants pour feindre ce qui est maintenant une chose admise : il cadenasse le débat politique. Les travaux parlementaires doivent reprendre à Québec, physiquement et non virtuellement, pour que l’exécutif rende des comptes aux députés de l’Assemblée nationale.

L’instauration du couvre-feu au Québec, alors que toutes les autres provinces canadiennes ont renoncé pour l’heure à cette mesure, donne l’impression que le gouvernement, sans pour autant discuter de sa bonne foi, s’est doté d’un substitut de puissance au regard des exigences réelles de la crise.

Le couvre-feu s’apparente à une démonstration de force d’un État qui ne contrôle ni ses frontières, ni ses aéroports, ni la provenance des vaccins. Les patrouilles nocturnes des policiers ont des airs burlesques et compriment légalement une population tenue dans la peur et affectée par une surenchère de mesures sanitaires certes utiles pour la plupart, mais toujours plus contraignantes.

Le Québec n’est pas la France, et l’État jacobin de celle-ci n’est qu’un État partiel pour le premier, qui n’a pas tous les pouvoirs pour lutter adéquatement contre la propagation du virus.

Notre obéissance presque entière au chef du gouvernement et à quelques-uns de ses ministres, lesquels ont un appétit de pouvoir, entretient un rapport avec notre ancienne bondieuserie. Le gouvernement Legault est devenu une entité froide qui a pris goût au pouvoir, toisant une partie de la population, et qui affiche en parallèle un humanisme de plus en plus inconsistant.

Toujours est-il que la dictature, tant s’en faut, n’est pas à nos portes. Ce serait méconnaître l’admirable solidité démocratique de notre système politique. L’esprit de la démocratie n’en est pas moins mis à l’épreuve, en raison de notre goût excessif de la sécurité et de l’assurance, sans compter que notre société a l’habitude débonnaire de la soumission depuis si longtemps. Pour le meilleur et pour le pire.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion