Au printemps dernier, Lau Ga a pris son courage à deux mains pour dénoncer celui qui avait fait d’elle une marchandise et l’exploitait sexuellement. Jeudi dernier, elle était accompagnée de Martine B. Côté, juriste et représentante de la CLES (Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle) pour livrer un témoignage percutant devant la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 84 visant à réformer le régime d’indemnisation des victimes d’actes criminels.

Christine St-Pierre, Alexandre Leduc et Mégane Perry Mélançon
Députés de l’Assemblée nationale*

« Je découvre encore chaque semaine de nouvelles conséquences au fait d’avoir subi de l’exploitation sexuelle et je souffre d’un horrible stress post-traumatique. À travers la tragédie, je me sens seule, délaissée et jugée » a-t-elle dit.

Le nouveau régime permettrait dorénavant aux victimes d’exploitation sexuelle d’avoir accès à une indemnisation. Le crime de traite a été ajouté au Code criminel en 2005. Le Québec aurait dû l’ajouter aux crimes indemnisés par l’IVAC, l’Indemnisation des victimes d’actes criminels. En 2014, le proxénétisme a été ajouté au Code dans la section des crimes contre la personne. Encore là, le Québec aurait dû commencer à admettre les victimes à l’IVAC. Le projet de loi actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale propose de corriger cette absurdité technique, mais en crée malheureusement une nouvelle. En effet, aucune rétroactivité n’est prévue, ce qui pour Lau Ga, est totalement injuste.

Elle a imploré le ministre d’élargir sa réforme. « J’ai été victime d’exploitation sexuelle en 2020. Allez-vous me dire que la loi n’est pas rétroactive et que le crime subi n’est pas indemnisable ? Ce n’est pas trop demander. Aidez-nous ! », a dit Lau Ga. Plutôt que de manifester un minimum d’ouverture, le ministre Simon Jolin-Barrette s’est plutôt contenté de dire qu’« on ne peut pas refaire le passé ».

Pourtant, lors de la création du régime en 1972, le ministre de l’époque avait prévu une rétroactivité de six ans qui permettait de considérer les demandes des personnes victimes d’un crime à partir de 1966.

En tant que membres du comité de direction de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, nous demandons au ministre d’être à la hauteur de l’espoir que son gouvernement a fait naître. Pendant 18 mois, nous élevant au-dessus de la partisanerie, nous avons travaillé sans relâche afin de cerner toutes les facettes de l’exploitation sexuelle des mineures. L’urgence de corriger l’erreur historique de l’indemnisation de ces victimes est rapidement venue sur notre écran radar.

Nous avons écouté des témoignages poignants de victimes qui ont étalé courageusement leurs souffrances sur la place publique. Les séquelles qu’elles ont subies sont bien réelles. Elles ont besoin et le droit d’être aidées. Aussi, des parents, policiers, intervenants, chercheurs sont venus nous dire à quel point il était urgent de faire des gestes. Lors du dévoilement du rapport, nous avions unanimement salué le gouvernement qui avait annoncé que le projet de réforme de l’IVAC allait être déposé incessamment.

Les victimes d’exploitation sexuelle ont mis toute leur confiance en nous, législateurs. Ce n’est pas le temps de les décevoir.

Avec raison, Lau Ga a qualifié de « sans cœur » la position du ministre.

Il est encore temps de corriger le tir. Nous le devons aux victimes.

Christine St-Pierre est députée (Parti libéral du Québec) d’Acadie, ex-vice-présidente de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs ; Alexandre Leduc est député (Québec solidaire) d’Hochelaga-Maisonneuve, ex-membre du comité directeur ; Méganne Perry Mélançon, députée (Parti québécois) de Gaspé et ex-membre du comité directeur.