Entre soupirs de soulagement et sentiment de victoire « du gros bon sens », l’effacement du web de Donald Trump ne doit pas nous leurrer : effacer l’empreinte d’une personnalité aussi forte comporte le risque de mettre des œillères à l’Histoire.

Sophie Hamel-Dufour Sophie Hamel-Dufour
Sociologue

Que l’on aime ou déteste le personnage, Donald Trump président des États-Unis est et sera un marqueur sociopolitique du début du XXIe siècle. Par sa façon d’avoir cassé les codes présidentiels, sa logorrhée sur Twitter lui permettant de maintenir en haleine la planète entière ainsi que son habileté à soulever les foules, jusqu’à provoquer une insurrection au cœur d’une démocratie, Donald Trump a buriné son nom dans la mémoire collective de l’humanité.

Qu’est-ce que la mémoire collective sinon ce qui y laisse une empreinte, plus ou moins profonde, dans le sillage des jours et des années ?

Avoir effacé du web la source première de ce que l’on pourrait appeler « la manière Trump » n’efface en rien les marques ni les coups portés à la vraie vie depuis quatre ans.

Toutefois, motivée par une volonté d’assainir le web, la disparition des tweets et vidéos du président sortant s’accompagne d’un effet pervers, celui de limiter potentiellement notre capacité à donner un sens à l’ère Trump. Ouvrant ainsi la voie à des interprétations et réinterprétations protéiformes qu’il sera difficile de déconstruire sans le matériau d’origine.

Encadrer les géants du web, c’est aussi protéger la mémoire collective d’une amnésie soudaine. Nos gouvernements devraient y voir sans tarder.